C’est facile d’être Canadien. Et que cela continue!

Demandez à une centaine de Canadiens ce que signifie être Canadien et vous aurez probablement une centaine de réponses différentes. Les réponses varieront d’une région à l’autre en fonction de traits culturels et linguistiques. Prenons par exemple la présence importante de Francophones dans le Nord de l’Ontario, qu’un observateur de l’Ouest canadien ne pourrait soupçonner. Signalons aussi l’effet que les différentes vagues d’immigration ont eu, lesquelles sont à l’origine des noms donnés à certains groupes démographiques comme la Petite Italie ou le China Town. 

D’une certaine façon, n’importe quoi peut être canadien. Nous sommes une nation relativement jeune et à l’approche de notre 150e anniversaire, il reste encore beaucoup à apprendre sur nous-mêmes. Beaucoup de points sont positifs, mais pas tous. Cela dit, le fait de régler les problèmes maintenant au lieu de les éviter nous rend plus forts. Voilà à mon sens une qualité qui aide à nous définir. Nous sommes fiers et avons la fibre patriotique sans pour autant laisser ces qualificatifs obscurcir notre jugement au point où la réflexion devient impossible.

Être Canadien signifie également embrasser plusieurs dimensions; le terme « diversité » ne convient pas tout à fait, pas plus que le mot « tolérance ». Cela relève davantage de la curiosité et du désir inné d’apprendre les uns des autres, et s’enracine probablement dans la dynamique des cultures française, anglaise et des Premières Nations, qui auraient facilement pu établir des relations beaucoup plus belliqueuses. Au lieu d’être marquées par les conflits, ces relations se sont plutôt caractérisées par des échanges – quoique pas toujours faciles – sur le plan de la culture et du savoir, et par des luttes communes qui nous ont enrichis davantage que si un groupe avait pris le dessus sur l’autre.

Nous devons reconnaître l’influence de la géographie physique et culturelle sur notre identité. Le fait est que nous sommes à la fois un grand et un petit pays : une petite population qui occupe un si grand territoire. Par ailleurs, la majeure partie de cette population est massée le long de la frontière méridionale avec les États-Unis; cela crée un scénario unique où la culture populaire d’un pays domine la nôtre. Nous avons cependant trouvé des façons de préserver en bonne partie notre culture. Cela s’est parfois traduit par des politiques comme celles qui ont obligé les diffuseurs à utiliser du contenu canadien. On pourrait résumer cela à une tendance à l’indépendance qui défie le fait d’être ou de devenir américain, mais cela est un peu simpliste. 

Dans le fait de ne pas être américain, beaucoup plus d’éléments sont à l’œuvre qu’il n’y paraît. Pour commencer, il ne s’agit pas de rejeter du revers de la main l’Amérique, sa culture, son peuple ou ses valeurs. Les États-Unis sont notre plus proche voisin, notre allié le plus fidèle, et nous avons beaucoup en commun. Le fait de ne pas être américain réside peut-être dans notre résistance à l’expansion et dans le maintien de notre souveraineté. Il faut se rappeler que pendant que nous étions en passe de devenir un pays, les États-Unis en formaient déjà un. Au XIXe siècle, l’idée d’un destin manifeste en Amérique donnait à penser que l’Amérique finirait par englober le Canada. Je crois que cela à voir avec le fait que nous tenions farouchement à ne pas être Américains.

Force nous est de constater que le fait d’être Canadien est la chose la plus simple et la plus complexe au monde. Nous n’avons pas l’habitude de réfléchir profondément à ce que cela signifie pour nous ou pour notre pays; nous vivons notre vie et dans la foulée, nous ajoutons à la définition qui change constamment. Selon moi, notre balance penche davantage du côté du bien. Aucun pays n’est parfait, mais pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs. 

Bonne fête du Canada!