Détournement des eaux du lac Michigan par la ville de Waukesha : une tendance dangereuse

Il n’y a pas si longtemps, j’ai rédigé un texte sur les dangers associés à la demande présentée par la ville de Waukesha, au Wisconsin, qui souhaite utiliser le lac Michigan comme source d’eau potable. Il y avait tant de groupes et de communautés du secteur des Grands Lacs qui s’opposaient à la demande de cette collectivité du bassin du fleuve Mississippi, qu’il me semblait impossible que les gouverneurs des États de la région des Grands Lacs l’appuient. Je me suis dit qu’après tout, ces gens sont des politiciens, et ce sont eux qui devront faire face au mécontentement des électeurs qui se sont vivement opposés à cette idée. C’est entre autres pour cette raison que la décision qui a été prise d’autorisée à la ville de Waukesha à détourner l’eau du bassin des Grands Lacs, m’apparaît étonnante.

Puisque le détournement des eaux a maintenant été approuvé, il sera de plus en plus difficile de protéger les Grands Lacs, qui fournissent de l’eau potable à des dizaines de millions de personnes qui habitent dans des centaines de collectivités situées aux abords du lac Michigan. Par ailleurs, il ne faut pas non plus oublier que la santé des lacs a une incidence sur un très grand nombre d’emplois. Je ne pense pas seulement aux emplois liés aux ressources, comme ceux du secteur de la pêche commerciale; je pense aussi aux emplois dans le secteur des services aux consommateurs ou de la fabrication, qui dépendent du tourisme et du transport maritime dans des eaux propres et abondantes. Par conséquent, il est tout à fait normal que les administrations de la région des Grands Lacs fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger ceux‑ci. Même si c’est un fait bien connu, la demande de la ville de Waukesha a été approuvée, et le détournement massif d’eau qui s’ensuivra représente une nouvelle menace qui pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Au cours des dernières années, nous avons pu constater que la fluctuation des niveaux d’eau cause des difficultés aux collectivités situées aux abords des Grands Lacs. Les problèmes liés à l’infrastructure augmentent à mesure que la quantité d’eau diminue. Par exemple, les tuyaux de prise d’eau potable peuvent geler lorsqu’ils sont situés plus près de la surface de l’eau et il peut être plus difficile, voire impossible ou dangereux, d’utiliser les quais. On n’a qu’à penser aux problèmes liés à l’amarrage du traversier Chi Cheemaun; le service a bien failli être interrompu, et l’économie touristique de l’île Manitoulin, de la rive nord du lac Huron et de la péninsule de Bruce aurait pu être privée de millions de dollars pour cette raison. Puisque de tels problèmes sont causés par les conditions climatiques, nous pouvons difficilement accepter que l’eau des Grands Lacs disparaisse pour toujours parce que nous avons décidé d’approuver, par négligence, le détournement de leurs eaux.

Nombreux sont ceux qui ont critiqué l’approbation de la demande de la ville de Waukesha. Je pense notamment au chef Patrick Madahbee, du grand conseil de la nation Anishinabek, qui c’est bien énoncé sur ce sujet. En effet, il a déclaré que ce projet, qui vise à détourner une partie des eaux de ce bassin hydrographique, marque le début des guerres de l’eau qui ont été prédites et encouragera d’autres administrations qui ne font pas partie du bassin des Grands Lacs à exploiter ses eaux.

La nation Anishinabek n’est pas la seule à être de cet avis. En effet, divers groupes, comme le Conseil des Canadiens, nous mettent en garde depuis des années; selon eux, nos sources d’eau potable douce sont sous‑évaluées et elles doivent être bien protégées. Jusqu’à maintenant, le prélèvement de grandes quantités d’eau fait l’objet d’une exemption dans les accords commerciaux conclus en Amérique du Nord, mais la décision rendue en ce qui concerne la ville de Waukesha pourrait mettre en péril ces exemptions. De façon générale, les lois sont interprétées en fonction des précédents, et nous avons maintenant établi un nouveau précédent en autorisant le détournement des eaux.

Le gouvernement canadien doit maintenant envoyer un message très clair. Il est temps de récolter les fruits des bonnes relations que nous entretenons avec nos voisins américains et de renforcer les mesures de protection conjointes des Grands Lacs. C’est le moins que nous puissions faire, car si nous baissons les bras, cela voudra dire que nous faisons preuve d’insouciance, que nous refusons de reconnaître que les risques sont bien réels et que nous faisons fi de notre devoir de protéger les lacs pour les générations futures.