Économiser un dollar pour en dépenser mille quand il s’agit de protéger notre environnement

Si vous aimez le saumon sauvage, le projet de loi présenté par un député néo-démocrate pour éliminer l’une des pires menaces contre le saumon du Pacifique pourrait vous intéresser. Tout le monde sait que ces saumons sont en difficulté. Beaucoup d’entre vous se souviendront de la montaison désastreuse de saumon rouge du fleuve Fraser en 2009 qui a entraîné la mise sur pied d’une enquête judiciaire (la Commission Cohen). Il est toutefois surprenant d’apprendre qu’une pratique entièrement évitable menace le retour de nombreux saumons dans leurs eaux d’origine pour frayer. Le problème dans ce cas-ci c’est l’élevage en cages en filet de saumon de l’Atlantique – dans l’océan Pacifique.

Les cages en filet ne sont pas sans danger. Des déchets tels que des matières fécales, des maladies, des parasites, voire des poissons évadés menacent tous le saumon sauvage. Il est tentant de penser que le saumon d’élevage doit rapporter beaucoup pour qu’on laisse l’industrie faire de tels ravages, mais c’est tout le contraire : le poisson sauvage est à la base d’une économie beaucoup plus importante et plus de 9 000 emplois de qualité en dépendent. Son importance est telle que, tout au long de la côte, des collectivités entières dépendent du saumon. Il est au cœur de traditions culturelles, et des forêts en montagne sont alimentées par les éléments nutritifs dont le cycle du saumon enrichit le sol.

Le projet de loi C-228 modifiera la Loi sur les pêches de manière à interdire l’élevage en cages en filet dans le Pacifique et à obliger les aquiculteurs à utiliser des parcs clos. La transition ne prendra que cinq ans, et le ministre devra mettre en place un plan à cette fin dans un délai de 15 mois. On pourrait ainsi donner suite à des recommandations clés de la Commission Cohen tout en protégeant notre patrimoine, notre économie et l’environnement. Parmi les partisans du projet de loi, on trouve de grands noms, dont celui du célèbre William Shatner, qui a enregistré une vidéo pour inciter les gens à s’engager dans la campagne. Le lien est accessible sur ma page Facebook si cela vous intéresse.

Tout de suite après une présentation sur le projet de loi, j’ai assisté à une manifestation organisée par The Traditional Ecological Knowledge (TEK) Elders Group d’Algoma–Manitoulin–Kapuskasing, qui demande au gouvernement d’interdire le glyphosate, un herbicide dont on fait l’épandage aérien dans nos forêts. En écoutant les intervenants, j’ai été frappée par les points communs entre cette question et la lutte pour sauver le saumon sauvage. Dans l’un et l’autre cas, l’avantage économique d’un secteur est privilégié aux dépens d’écosystèmes établis par pur opportunisme et pour maximiser les profits. Les intervenants ont évoqué la monoculture que crée le glysophate, soit un désert de pin gris. L’enjeu est la santé de la forêt et de toutes les créatures qui en dépendent. Il y a quelques années, j’ai visité la forêt près de Massey où l’on avait pulvérisé du glysophate. Cela m’a rappelé l’ouvrage pionnier de Rachel Carson, Printemps silencieux, qui a exposé le danger du DDT et d’autres pesticides. L’utilisation du glysophate montre que nous n’avons pas suffisamment changé nos habitudes au cours des 54 années depuis la parution de ce livre.

Il faut absolument prendre position dans ces combats. Si nous ne faisons pas attention, les pertes pourraient être irrémédiables. Le souci de monnayer nos ressources résulte d’un manque de perspective et la durabilité n’est qu’une arrière-pensée dans la plupart des cas. Depuis des temps immémoriaux, les gens abattent des arbres qui font concurrence aux cultures à feuilles larges. Cela vaut-il vraiment la peine de compromettre la santé de la forêt au complet pour pouvoir empocher quelques dollars de plus? On pourrait poser la même question au sujet des avantages pratiques du saumon élevé en cages en filet. Ne vaudrait-il pas mieux veiller à protéger d’abord nos saumons de la côte Ouest? Poser ces questions, c’est y répondre.