Est-ce la fin de l’inégalité d’accès à Internet?

Deux annonces faites à la fin décembre ont attiré l’attention sur l’inégalité des services Internet offerts dans le Nord de l’Ontario. Dans la première annonce, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a déclaré que l’accès Internet à large bande est maintenant considéré comme un service de base. Dans la seconde, deux tribunaux fédéraux ont dit que l’accès à Internet haute vitesse sera désormais une condition d’emploi pour les télétravailleurs qu’ils embaucheront. L’annonce du CRTC répond à une demande de longue date de nombreux Canadiens des collectivités nordiques et rurales, et les offres d’emploi des tribunaux soulignent l’importance que tous aient accès à une infrastructure technologique moderne.

À l’heure actuelle, plus de 80 % des Canadiens reçoivent le niveau de service qui deviendra le nouveau minimum, mais ici, dans le Nord, l’inégalité du service Internet est une source de préoccupation constante à laquelle il y a peu de solutions. Avant l’annonce du CRTC, le niveau de service minimum offert était par ligne commutée et certaines régions d’Algoma—Manitoulin—Kapuskasing sont toujours desservies par cette technologie vieille de plusieurs décennies qui remonte aux débuts d’Internet. La fin de l’accès à Internet par ligne commutée est maintenant en vue.

La nouvelle norme représentera une amélioration considérable pour certains, car les fournisseurs de services Internet devront maintenant offrir à tous leurs clients des vitesses de téléchargement d’au moins 50 mégabits par seconde (mbps), des vitesses de téléchargement d’au moins 10 mégabits par seconde (mbps) et une option de forfait de données illimitées. L’accès à Internet par ligne commutée est quant à lui limité à une vitesse de 56 kilobits par seconde (kbps) dans le meilleur des cas, mais des vitesses de 24 à 48 kbps sont considérées comme la norme. Cela signifie que le CRTC demande aux fournisseurs de services d’offrir des services jusqu’à 100 fois plus rapides pour certains clients. Les Canadiens bénéficiant déjà des technologies plus récentes pourront aussi profiter de l’accélération des services si les objectifs de vitesse sont atteints de façon uniforme.

Les nouveaux objectifs montrent que l’accès à Internet haute vitesse est important, et le fait que cet accès constitue une condition d’emploi pour certains tribunaux fédéraux renforce ce point. Il est probable que la candidature de Canadiens des régions nordiques ou éloignées à ces bons emplois fédéraux sera rejetée parce que ceux-ci ne peuvent pas obtenir le niveau d’accès à Internet demandé. Est-ce de la discrimination? Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un obstacle que tout individu aurait bien de la difficulté à surmonter seul. Contrairement à ce qui a trait aux exigences en matière de compétences ou de formation, nous sommes à la merci du marché en ce qui concerne l’accès à Internet haute vitesse.

À terme, le plan du CRTC devrait résoudre ce problème. En plus de fixer un niveau de service, le CRTC a créé un nouveau fonds qui investira jusqu’à 750 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer le service à large bande dans les régions éloignées. Ce fonds sera financé au moyen de montants prélevés sur les profits des compagnies de télécommunications résultant de services comme la messagerie texte et l’accès à Internet. Il s’agit d’une formule éprouvée similaire à celle que le CRTC a employée pour étendre les services téléphoniques aux régions éloignées.

Il est impératif que le gouvernement travaille avec l’industrie pour assurer la réussite de ces mesures visant à garantir la disponibilité de services Internet équitables et rapides. L’accès à Internet haute vitesse peut réellement égaliser les chances de tous les Canadiens et permettre aux habitants des régions rurales et éloignées de participer à l’économie moderne sur un pied d’égalité, ce que l’arrivée d’Internet promettait de rendre possible il n’y a pas très longtemps.