Excuses historiques présentées aux Canadiens LGBTQ2

À la veille des excuses historiques présentées cette semaine aux Canadiens LGBTQ2, un tournant important est survenu dans le dossier des Canadiens qui ont été expulsés des Forces canadiennes en raison de leur orientation sexuelle. Dirigée par l’avocat D’Elliot Lake, Doug Elliot, une poursuite en recours collectif a abouti à un règlement visant à indemniser des centaines de Canadiens dont la carrière professionnelle a été détruite par des politiques qui semblent peut-être obscures, mais qui ont néanmoins ruiné la vie de ces Canadiens patriotes. Ce règlement est la preuve que les conséquences des politiques autrefois adoptées par le Canada accompagnent encore les victimes aujourd’hui, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles le gouvernement a présenté des excuses historiques à la Chambre des communes cette semaine.

En reconnaissant les torts causés à la communauté LGBTQ2 par les lois et politiques officielles ciblant des personnes en raison de leur sexualité, le Canada espère tourner la page sur cette période de son histoire marquée par l’inégalité des droits, les préjudices et un profond manque de compréhension. Jusqu’à tout récemment, les Canadiens LGBTQ2 vivaient une oppression systémique et faisaient face à des actes de persécution, de violence et même de criminalisation. Cette discrimination était exercée à la fois par la société et les dirigeants. Cela ne fait que 50 ans que le Canada a décriminalisé les rapports sexuels entre personnes de même sexe. La carrière et la vie de milliers de Canadiens ont été ruinées par les phobies ainsi que par les politiques gouvernementales et les campagnes qui réservaient un traitement particulier à certaines personnes en raison de leur orientation sexuelle.

De 1950 à 1960, le gouvernement a persécuté des travailleurs LGBTQ2. La fonction publique, les militaires et la GRC espionnaient les Canadiens à l’intérieur et à l’extérieur de leur lieu de travail, se livrant à une véritable chasse aux sorcières. Les suspects étaient traités comme des criminels, interrogés et abusés par leurs supérieurs en raison de leur vie sexuelle. Quiconque admettait être homosexuel était congédié, libéré des Forces armées ou intimidé jusqu’à ce qu’il démissionne.

Les excuses officielles sont le résultat des nombreuses années de travail acharné des activistes qui ont lutté contre les préjugés sociaux. Pensons notamment à des gens comme Michelle Douglas qui, il y a 25 ans, a contesté avec succès son renvoi des Forces canadiennes devant un tribunal, dont la décision a rendu illégal le renvoi des Forces canadiennes fondé sur l’orientation sexuelle. James Egan et John Nesbit, qui se sont battus devant les tribunaux pour que les conjoints de même sexe obtiennent des droits égaux à la pension, ont eu gain de cause lorsque, en 1995, l’orientation sexuelle a été ajoutée à la liste des motifs de discrimination illicite dans la Charte des droits et libertés. L’ancien député néo-démocrate Svend Robinson, premier député du Canada à afficher publiquement son homosexualité, a réussi à faire ajouter l’orientation sexuelle aux dispositions du Code criminel sur les crimes haineux dans le cadre d’un projet de loi d’initiative parlementaire qui est devenu loi en 2004.

Outre les excuses, le gouvernement a déposé un projet de loi visant à supprimer les casiers judiciaires d’hommes gais qui avaient participé à des activités homosexuelles consensuelles. Les néo-démocrates le réclament depuis des années et il est difficile de comprendre pourquoi des mesures contre cette injustice n’ont pas été mises en place il y a des décennies. Il est important de se rappeler que ce projet de loi n’est pas que symbolique; les hommes gais avec des antécédents criminels injustes sont aux prises chaque jour avec des interdictions de voyager, de faire du bénévolat et font l’objet de discrimination en matière d’emploi.

Les Canadiens peuvent espérer que ces excuses feront plus que tourner la page sur un épisode regrettable de notre histoire. Cela pourrait ouvrir la voie à l’adoption de mesures au Parlement et dans la société canadienne. Nous pouvons commencer à balayer les derniers vestiges de la discrimination institutionnelle comme l’interdiction aux homosexuels de donner du sang. Nous devons également travailler à mettre fin aux préjugés toujours présents dans nos collectivités, qui heurtent nos proches, nos enfants, nos parents, nos amis et nos voisins. Nous nous considérons comme une société juste et compréhensible, et voilà les défis que nous devons relever à ce titre.