L’approche du gouvernement à la réforme électorale : un départ marqué par la partisanerie

On a largement reproché au gouvernement majoritaire de Stephen Harper d’avoir obtenu une fausse majorité lors des élections. Élus avec seulement 40 % des voix, les conservateurs ont pleinement profité du système parlementaire pour promouvoir leur programme en tout temps. Les libéraux prétendaient que les conservateurs abusaient de leur pouvoir, jusqu’à ce qu’ils soient élus à la majorité avec à peine plus de 39 % des votes. Il est amusant de voir comment les points de vue peuvent changer selon les circonstances, car les libéraux s’apprêtent à faire exactement la même chose que les conservateurs : utiliser leur fausse majorité pour réformer le mode de scrutin. Et personne ne sera étonné de les voir opter pour le scrutin préférentiel. 

Si vous vous souvenez des modifications apportées à la Loi électorale au cours de la dernière législature, vous vous rappellerez peut‑être que les libéraux se sont joints aux partis de l’opposition pour accuser le gouvernement de créer des règles qui l’avantageaient. Ces changements, largement condamnés du fait qu’ils servaient les intérêts du gouvernement, ont mis la question de la réforme démocratique à l’avant‑plan au Canada.

Les prochains changements à notre système électoral seront d’abord soumis à la réflexion d’un comité parlementaire censé orienter toute nouvelle mesure législative à cet égard. Or, selon les néo‑démocrates, ce comité fonctionnerait mieux si les libéraux abandonnaient leur fausse majorité et qu’ils faisaient reposer la majorité sur le pourcentage obtenu par chaque parti lors de la dernière élection. Ainsi, les Canadiens qui n’ont pas voté pour le candidat qui a été élu dans leur circonscription – et qui sont plus de sept millions –, seraient représentés dans le débat sur la réforme du système électoral. 

La réforme électorale était un enjeu important pour les néo‑démocrates lors de la dernière campagne électorale fédérale. En effet, nous avions promis d’instaurer un système de représentation proportionnelle, convaincu que le tiers des voix exprimées au pays doit se traduire par le tiers des sièges à la Chambre des communes. Par ailleurs, soulignons que le système de représentation proportionnelle est le système électoral le plus appliqué dans le monde. Pour leur part, les libéraux de Justin Trudeau se sont vaguement engagés à mettre fin au système uninominal majoritaire à un tour.

Bien des gens qui croyaient voter en faveur d’une plus grande démocratie, comme ce qu’offre la représentation proportionnelle, se rendront compte après coup que les libéraux ont manœuvré la barque. Ce parti, qui bénéficie de façon injuste du « vote stratégique », n’est pas prêt à adopter un système qui ne sera pas à leur avantage. Finalement, cela n’a peut-être aucune importance puisque le rapport du comité pourrait n’être rien de plus qu’un exercice de relations publiques.

Comme Chantal Hébert l’a souligné cette semaine, ce comité risque de ne servir à rien si son travail est ignoré au même titre que le rapport du Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir. Si tel est le cas, on nous aura tous fait cyniquement perdre notre temps. Si le gouvernement se contente de proposer des changements qui l’avantagent et qu’il en force l’adoption à la Chambre, le comité qu’il a créé n’aura vraiment servi à rien. Pour que le gouvernement se serve du comité afin de parvenir à une proposition démocratique, il devra faire en sorte que le comité soit démocratique. Or, pour cela, il doit commencer par retirer la fausse majorité des membres libéraux votants qui formuleront la recommandation.

Notre système électoral devrait fonctionner pour tous, et non pas uniquement pour ceux qui ont voté pour le gagnant. Votre voisin et vous votez peut‑être pour différents partis, mais votre voix devrait être représentée également à Ottawa.