L’heure est venue pour le pape de présenter des excuses concernant les pensionnats autochtones

En juin 2008, Stephen Harper, qui était alors premier ministre du Canada, a présenté des excuses aux anciens élèves des pensionnats autochtones. Par suite de ces excuses, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a été mise sur pied; elle a publié, en juin 2015, un rapport comportant 94 recommandations. La recommandation 58 du rapport est la suivante : « Nous demandons au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. » Quand le pape Benoît a rencontré les représentants de l’Assemblée des Premières Nations en 2009, il a affirmé être chagriné par le rôle joué par l’Église, mais il n’a pas demandé pardon. Aujourd’hui, le Parlement appuie la recommandation de la Commission et demande au pape de présenter enfin des excuses.

À la fin d’avril, les néo-démocrates ont présenté à la Chambre des communes une motion exhortant le pape à présenter des excuses. Tous les partis ont appuyé la motion, qui a été adoptée le 1er mai. La motion a été présentée en réponse à la déclaration publiée à la fin de mars par la Conférence des évêques catholiques du Canada, selon laquelle le pape ne présenterait d’excuses au sujet du rôle de l’Église dans les pensionnats autochtones. L’Église catholique est la seule à refuser de reconnaître ses torts : tous les autres ordres chrétiens ont participé à la présentation d’excuses officielles et ont payé leur part. L’Église catholique, elle, s’est servie d’une échappatoire juridique pour éviter d’avoir à verser 25 millions de dollars.

Pendant plus d’un siècle, le système de pensionnats religieux du gouvernement fédéral a cherché à assimiler les enfants autochtones. Ils ont été forcés de fréquenter ces pensionnats où bon nombre d’entre eux ont été victimes de mauvais traitements. Ils n’avaient pas le droit d’y parler leur langue et ont dû mettre de côté leurs pratiques culturelles. Près des deux tiers des 130 pensionnats étaient gérés par l’Église catholique. Bien que l’Église affirme qu’elle n’est pas responsable des actes commis par ses diocèses, il existe des preuves qui démontrent que le Vatican savait très bien que des mauvais traitements étaient infligés aux élèves des pensionnats.

Pendant plus d’un siècle, environ 150 000 enfants autochtones ont fréquenté ces pensionnats : la Commission de vérité et réconciliation estime qu’au moins 6 000 d’entre eux y ont trouvé la mort. Certains ont dit que ce geste calculé de génocide culturel a causé des préjudices à long terme inimaginables aux enfants autochtones qui ont été forcés de fréquenter ces pensionnats et a causé de graves traumatismes intergénérationnels, auxquels les communautés autochtones et le pays tout entier se heurtent toujours.

L’Église s’est faite complice à part entière du gouvernement en ce qui concerne les pensionnats autochtones. Les dossiers de la Police provinciale de l’Ontario ont permis d’établir qu’il existait des voies de communication claires remontant jusqu’au Vatican : voilà qui dément les affirmations selon lesquelles tout cela est demeuré à l’échelle des diocèses. L’Église avait même mis en place une pratique qu’on appelait « saigner les enfants » pour nourrir la maison mère. En effet, elle prélevait une partie des maigres fonds que le gouvernement fédéral accordait aux pensionnats afin de payer les commodités dans la maison mère de l’Église.

Par le passé, le pape a présenté des excuses officielles au Chili et en Irlande. Les survivants affirment que de telles excuses constitueraient une étape cruciale vers la réconciliation et la guérison. Après avoir constaté que le Parlement accordait un soutien extraordinaire à la motion qu’il a proposée, Charlie Angus, député du NPD, a dit : « Il y a des jours où le Parlement s’élève au-dessus des divisions partisanes pour traiter des questions fondamentales de notre époque. » C’est exactement ce que le Parlement demande maintenant au pape de faire.