La fête du Travail : pour un avenir meilleur

 

Le Nord entier soulignera sous peu la fête du Travail. À cette occasion, gardons en tête la raison d’être de cette journée et prenons le temps de nous interroger sur l’avenir du syndicalisme au Canada. La raison d’être de la fête du Travail est simple à comprendre : traditionnellement, les ouvriers employaient cette journée à militer pour un salaire et des conditions de travail plus intéressants. À vrai dire, les défilés et les pique‑niques de la fête du Travail que nous connaissons incarnent encore aujourd’hui cette tradition. La longueur de cet article ne nous permet pas de dresser une liste exhaustive des victoires qui ont été remportées, mais la semaine de travail de cinq jours, les droits et obligations en matière de santé-sécurité au travail et le paiement d’un salaire équitable comptent toujours parmi les principaux acquis que nous devons au mouvement syndical et à ses interventions.

Cela dit, ce mouvement n’a pas à être une relique du passé. Les travailleurs demeurent confrontés à d’innombrables défis, sans compter tous ceux qui se présentent bon an mal an. Ceux‑ci ne concernent d’ailleurs pas uniquement le travail en tant que tel, car les acquis engendrent souvent des gains dans d’autres domaines et finissent par faire évoluer les normes sociales. Pensons simplement à la conscience écologique, qui imprègne aujourd’hui les concepts de santé-sécurité au travail. Il a fallu des décennies d’efforts pour arriver à ce résultat, et c’est en grande partie grâce à l’excellent travail du mouvement syndical. De toute évidence, les efforts d’aujourd’hui ont le pouvoir de transformer les mentalités de demain. Voyons maintenant quelques chantiers auquel les syndicats s’affairent actuellement.

Pour bien des gens, les plus grands combats des prochaines décennies porteront sur les pensions et la sécurité de la retraite. C’est après tout au cours de cette période que la plus forte vague de baby‑boomers quittera le marché du travail. C’est ce qui explique que ces dossiers prennent autant d’importance au Canada depuis quelque temps. Après avoir vu des régimes de retraite privés s’effondrer et compter parmi les premiers éléments que laissent tomber les entreprises lorsqu’elles sont en crise ou qu’elles changent de mains, les syndicats militent pour l’élargissement du Régime de pensions du Canada afin de maximiser le nombre de personnes qui sont prêtes à faire face au défi financier de la retraite.

Les enjeux sociaux demeurent néanmoins au cœur des campagnes syndicales. Il n’y a rien d’étonnant à cela. L’équité salariale n’est pas encore un acquis pour les femmes. À travail égal, salaire égal. La rémunération devrait dépendre des compétences et de la productivité de quelqu’un et non du fait d’avoir ou non un chromosome Y, mais c’est loin d’être toujours le cas. Si cette réalité vous choque ou si vous croyez que l’iniquité entre les sexes est essentiellement chose du passé, songez que pour chaque dollar que gagnent leurs collègues masculins, les travailleuses canadiennes ne touchent en moyenne que 72 ¢. Au‑delà du dossier de l’équité salariale, les jeunes s’enlisent dans le chômage et le sous‑emploi; ajoutons à cela les problèmes de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, la religion ou l’origine ethnique, et l’on comprend facilement pourquoi le mouvement syndical continue d’attacher autant d’importance à l’aplanissement des inégalités.

Des décennies d’accords commerciaux au service d’une mondialisation débridée nous forcent à redéfinir constamment notre conception du syndicalisme, la manière dont nous travaillons, ce que nous produisons et les personnes que nous protégeons. Malgré les critiques que suscitent systématiquement ces accords aux vastes conséquences, l’État ne cesse d’en négocier. L’accord commercial conclu avec l’Union européenne et l’adhésion du Canada au Partenariat transpacifique susciteront à coup sûr de vifs débats au cours des années à venir sur leurs avantages, leur coût et leurs ramifications en milieu de travail.

À l’occasion de la fête du Travail, gardons ces dossiers en tête. Célébrons, mais restons vigilants. L’affaiblissement des syndicats menacerait nos acquis, et pas seulement au travail. Surtout, rappelons‑nous que le mouvement syndical agit sur divers fronts et joue un rôle névralgique pour que le Canada reste un pays fort et moderne.