La génération la plus endettée de l’histoire du Canada

Alors que nous nous préparons pour une nouvelle année scolaire, je ne peux dire que j’envie ceux qui conseillent les jeunes adultes sur la voie à suivre après l’école secondaire. Ils doivent être tiraillés par les statistiques qui montrent invariablement que les études supérieures peuvent se traduire par une dette record sans nécessairement ouvrir les paossibilités auxquelles on s’attendrait d’un investissement aussi important. Même si nous sommes saisis du problème depuis des années, un nouveau rapport d’Oxfam confirme que les jeunes Canadiens gagnent moins et trouvent moins d’emplois tout en assumant des dettes sans précédent une fois diplômés. Cela montre que, malgré les promesses claires faites aux jeunes Canadiens lors des élections de l’automne dernier, il n’y a pas eu grand changement et que certaines de ces promesses se sont volatilisées.

S’il suffisait de renoncer aux études supérieures pour éviter de s’endetter, plus de Canadiens choisiraient cette voie. Toutefois, pour bien des emplois dont dépendent la société et l’économie, les études supérieures sont importantes. Pour les étudiants qui disposent de l’argent nécessaire, le choix est plus facile étant donné qu’ils n’auront pas à payer d’intérêts sur une dette. Le rapport d’Oxfam explique que les étudiants qui empruntent pour financer leurs études payent jusqu’à 40 % plus cher leurs études que ceux qui ont l’argent nécessaire pour payer les frais de scolarité.

Ce serait moins problématique si les étudiants endettés pouvaient, grâce à leur diplôme, trouver rapidement un emploi convenable, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, les jeunes diplômés doivent plus souvent se contenter d’emplois précaires à temps partiel mal rémunérés et offrant peu de sécurité. Oxfam nous dit que le taux de chômage pour ce groupe au Canada est du double de la moyenne nationale.

Si l’endettement constitue une grande partie du problème, nous devons nous demander quel rôle les frais de scolarité jouent dans l’équation et, selon Oxfam, ils contribuent de plus en plus au phénomène. Selon l’organisme, les frais de scolarité pour les études de premier cycle ont triplé au cours des 20 dernières années. On peut faire un lien direct entre cette hausse et la dette sous laquelle croulent nombre de diplômés et on ne peut que se demander comment d’autres pays arrivent à offrir à leurs citoyens la possibilité de faire des études postsecondaires gratuitement. La Norvège, la Suède et l’Allemagne sont des pays comparables où l’éducation postsecondaire est gratuite. Pour ceux qui craindraient que cela mène à des abus, il y a moyen de s’assurer que cela ne se produise pas. Un moyen simple consiste à exiger des étudiants qu’ils maintiennent leurs notes. Les frais de scolarité ne représentent néanmoins qu’une partie du problème et le marché du travail qui a peu à offrir aux jeunes Canadiens devrait être vu comme le problème le plus pressant.

Outre le fait que le marché offre moins d’emplois en général aux jeunes Canadiens et que ces emplois sont de plus en plus des emplois précaires à temps partiel, Oxfam nous dit que ce groupe d’âges est moins bien payé qu’il y a 30 ans. Cela ne devrait pas surprendre puisque c’est dans cette direction que le marché a constamment évolué durant cette période. Pensez au nombre de conflits qu’on a réglés en modifiant les règles pour les travailleurs plus jeunes sur le point d’intégrer la population active. En tête de liste, mentionnons les régimes de retraite à cotisations déterminées, mais ce n’est qu’un exemple de la façon dont les travailleurs actuels ont entravé leurs successeurs.

Autrement dit, on demande aux étudiants qui ont une dette, qui s’élève en moyenne à 30 000 $ après quatre ans d’études, d’accepter moins et de payer plus tout en maintenant une assiette fiscale qui nous permet de jouir de tous les avantages d’un État moderne. Non seulement c’est injuste, mais c’est risqué et il est certain que nous devons déplacer le fardeau avant que la crise s’accentue.