La politique raciste n’a pas sa place au Canada

La sénatrice Lynn Beyak vient d’être expulsée du caucus conservateur après avoir passé près d’un an à défendre des propos intolérants à l’encontre des Premières Nations, dont elle représente un bon nombre d’ailleurs. La décision a été prise après que les leaders du Sénat et de la Chambre des communes lui aient donné maintes occasions de rétracter les déclarations offensantes qu’elle avait faites à propos des pensionnats indiens et des Canadiens autochtones. Ce scandale montre bien que le Canada a encore bien du chemin à parcourir pour se réconcilier avec les communautés autochtones.

Nommée au Sénat par Stephen Harper en 2013, la sénatrice Beyak représente l’Ontario et est originaire du nord-ouest de la province. Les déclarations qu’elle a faites l’an dernier sur le système de pensionnats et qui remettaient en cause le processus de réconciliation l’ont rendue tristement célèbre. Elles lui ont d’ailleurs valu immédiatement des critiques généralisées, notamment de son collègue Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et de réconciliation, et du député néodémocrate Romeo Saganash qui, enfant, a été arraché à sa famille et envoyé dans un pensionnat.

Alors que l’opinion publique était manifestement contre elle, elle a mis de l’huile sur le feu en affirmant que les Autochtones devraient s’intégrer dans la société canadienne et échanger leur carte d’Indien contre la citoyenneté canadienne. Cette déclaration témoigne de son ignorance -- les Autochtones sont déjà citoyens canadiens -- et de l’attitude de quelqu’un qui est plutôt guidé par ses préjugés que par les faits.

Si d’aucuns jugent cette attitude acceptable, les Canadiens sont en droit d’exiger davantage de leurs politiciens, surtout lorsqu’ils sont nommés dans une institution qualifiée de Chambre de réflexion. Il est clair que dans leur immense majorité, les Canadiens ont des opinions beaucoup plus modérées que cette sénatrice et le fait que son parti ne veuille plus être associé à ses positions marginales montre bien qu’elle était devenue un fardeau.

Les néo-démocrates continuent de demander sa démission et l’intervention du gouvernement. Lorsque le premier incident a eu lieu en mars dernier, Romeo Saganash a affirmé qu’il n’y avait pas de place au Parlement pour de telles attitudes. Il a déclaré à la sénatrice qu’elle avait tort et lui a rappelé que le système des pensionnats avait été mis en place pour dépouiller les peuples autochtones de leur culture, de leur langue, de leur territoire et de leur identité. Il a affirmé enfin qu’il n’y avait rien de positif dans son affirmation selon laquelle les pensionnats « avaient eu aussi du bon ».

La sénatrice a eu aussi la possibilité de se rétracter en dehors du Parlement. En juillet dernier, elle a été entendue au comité de vérité et réconciliation mis sur pied par le maire de Sioux Lookout. On avait pensé alors que la sénatrice avait fini par mieux comprendre les enjeux, mais ce n’est pas le cas. Le maire affirme publiquement que la sénatrice Beyak a déçu le comité. Étant donné qu’il y a eu neuf pensionnats dans la région de l’Ontario d’où est originaire la sénatrice, on pensait, dit-il, qu’elle aurait fait preuve de plus d’empathie et de compréhension.

Comme les personnes nommées n’ont pas à prendre leur retraite avant l’âge de 75 ans, la sénatrice Beyak peut rester en fonction encore huit ans. Toutefois, les derniers développements montrent que ses opinions se diffusent en dehors du Parlement. Cela dit, tout ce scandale ternit encore la réputation du Sénat et donne de l’eau au moulin à ceux qui veulent réformer ou abolir l’institution.