La saga de l’ACR révèle les priorités des conservateurs

Les trains de passagers de l’Algoma Central Railway (ACR) sont entrés en gare pour de bon. Les affaires n’ont pas fonctionné pour l’exploitant indépendant choisi par le CN, mais le problème a été créé au départ par une planification désastreuse du gouvernement conservateur. Quiconque se demande quelles sont les répercussions des budgets d’austérité trouvera là un excellent exemple de ce qui arrive lorsqu’on se concentre sur les compressions sans chercher à connaître leur impact sur l’économie.

En vérité, les problèmes ont commencé en 1996 lorsque les libéraux ont cessé de réglementer, dans le cadre de leur ensemble de mesures de dérèglementation, la mise hors service de trajets ferroviaires. Plus tard, en 2013, les conservateurs ont réduit le budget de Transports Canada, ce qui s’est traduit par l’élimination des subventions fédérales pour le service ferroviaire pour passagers en région rurale. Les subventions pour le service ferroviaire pour passagers dans les régions éloignées ont, quant à elles, été maintenues. À la même époque, les conservateurs ont retiré à l’ACR la désignation de service ferroviaire en région éloignée; l’entreprise a donc perdu sa subvention. Cette perte a mené à la décision du CN d’abandonner le service pour passagers.

Le CN affirme qu’il n’œuvre pas dans le service pour passagers et il a donc choisi d’abandonner un service qui nécessitait une subvention pour assurer sa rentabilité. Le rôle du gouvernement dans ce fiasco est tout autre. Soit les conservateurs ne savaient pas que la perte de la subvention allait mettre fin au service, soit ils s’en moquaient complètement. Peu importe, cette piètre planification du gouvernement menace une bonne partie de l’économie touristique du Nord de l’Ontario, a isolé la ville d’Oba — qui est en fait dans une région éloignée — et empêche maintenant bien des gens de se rendre dans leurs propriétés.

Il est tout à fait incompréhensible qu’un gouvernement choisisse de se retirer du transport public. Le Canada est le seul pays du G7 à prendre cette voie. Il existe pourtant de solides avantages économiques, environnementaux et même sanitaires pour justifier les investissements gouvernementaux dans le transport public. Chaque dollar investi crée quatre autres dollars d’activités économiques. Dans les grands centres urbains, le transport public encourage les gens à abandonner l’automobile et réduit la pollution. Mais la principale raison pour appuyer les investissements dans le transport public est peut être que cela crée plus d’emplois que tout autre type de dépenses dans les infrastructures.

En fait, l’élimination des subventions élimine des emplois. J’ai parlé avec des exploitants dont l’entreprise touristique dépend de l’ACR et qui s’inquiètent maintenant de la survie de leur entreprise. Désormais, chaque année, des centaines de touristes ne pourront se rendre dans ces établissements. Certains touristes ne veulent pas voyager autrement qu’en train, d’autres n’ont pas d’autres options et le coût élevé du transport aérien pour ceux qui, malgré tout, viendront grugera les maigres profits que ces entreprises réalisent.

Cette situation est la preuve que les conservateurs ne comprennent rien à l’économie. Ils sont les disciples d’un système théorique rigide qui récompense uniquement les plus riches et laisse les autres se démener tout seul.

Pensez un instant au fonds de renflouement accordé au secteur de l’automobile. Les conservateurs ont vendu les actions que le Canada avait acquises dans ce processus simplement pour équilibrer leur budget pendant une année électorale. Bref, ils ont gaspillé de l’argent pour redorer leur blason pendant quelques mois. Ils ont dépensé des millions de dollars de fonds publics pour se payer des publicités avantageuses sans sourciller. Ils n’ont pas hésité à dépenser des sommes faramineuses pour des projets ridicules comme des belvédères dans la circonscription d’un ministre et des faux lacs dans un centre des médias temporaire situé sur les berges du lac Ontario. Pourtant, ils se plaignent que les coffres sont vides lorsque des emplois et des entreprises sont menacés dans le Nord de l’Ontario. Comment peuvent ils prétendre agir de manière responsable?