La sûreté nucléaire devrait être une priorité pour tout gouvernement

La fusion du cœur du réacteur à la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, à la suite d’un tsunami nous rappelle de façon éloquente que les accidents qui surviennent dans ces installations peuvent avoir des conséquences épouvantables. C’est notamment pour cette raison qu’il est si choquant d’apprendre que le Canada ne prend pas au sérieux la sûreté nucléaire. C’est ce que nous révèle le rapport d’automne de la commissaire à l’environnement, publié cette semaine, qui pointe du doigt la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) en raison de manquements inquiétants dans l’inspection des centrales nucléaires.

La commissaire à l’environnement, Julie Gelfand, explique dans son rapport que les inspections n’étaient pas rigoureuses et que le nombre d’inspecteurs n’était pas suffisant non plus. Selon elle, 75 % des inspections effectuées par la CCSN l’ont été par une seule personne qui ne respectait pas le protocole établi. Cette nouvelle confirme les inquiétudes exprimées dans une lettre des dénonciateurs de l’organisme de surveillance l’été dernier. Lorsque les néo-démocrates ont soulevé le problème auprès du ministre des Ressources naturelles, ce dernier a renvoyé la balle au président de la CCSN, qui a dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Or, le rapport du commissaire montre clairement que les problèmes au sein de l’organisme de réglementation nucléaire sont inquiétants.

La nouvelle de cette approche laxiste est dérangeante de façon générale, mais la situation est des plus urgentes pour les personnes qui vivent au large des Grands Lacs ou aux alentours. Il pourrait y avoir des accidents dans les centrales nucléaires de Darlington et de Pickering sur la rive du lac Ontario et dans la centrale nucléaire de Bruce sur la rive du lac Huron qui toucheraient des régions entières de l’Ontario et trois des Grands Lacs ainsi que le fleuve Saint Laurent, où on trouve une autre centrale en aval de Trois Rivières. Pire encore, on subordonne la sécurité à la rapidité.

En 2008, Linda Keen a été démise de ses fonctions comme dirigeante de la CCSN quelques heures avant de devoir comparaître devant un comité parlementaire dans ce qui semblait être une tentative de la museler au sujet des questions de sécurité. Dans ce cas, Mme Keen avait ordonné la fermeture du réacteur national de recherche universel de Chalk River qui produit les isotopes médicaux en raison de problèmes de sécurité liés au système d’alimentation électrique d’urgence qui avaient été découverts lors d’un essai des pompes de refroidissement. Ces pompes font partie du système qui empêche la fusion du cœur durant des catastrophes comme des tremblements de terre. Cela a eu lieu trois ans avant la catastrophe de Fukushima. L’incident, s’il s’était passé après cette tragédie, aurait attiré beaucoup plus l’attention.

Le ministre des Ressources naturelles alors en poste avait invoqué le besoin d’isotopes, faisant valoir que des gens seraient morts s’il n’avait pas congédié Keen et rouvert la centrale. Il a également balayé du revers de la main les problèmes de sécurité, les qualifiant de rien de plus que des querelles entre la CCSN et Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL), la société d’État responsable de la gestion des déchets radioactifs du Canada et du développement de la science et de la technologie nucléaires. En rétrospective, l’ingérence politique a peut-être donné lieu aux conclusions de la commissaire à l’environnement dans son rapport.

Les néo démocrates demandent au gouvernement de donner immédiatement suite aux conclusions du rapport. Compte tenu de la gravité des enjeux, il est très inquiétant d’apprendre que l’organisme canadien de réglementation de la sûreté nucléaire improvise lorsqu’il s’agit de l’inspection des centrales nucléaires. L’organisme de réglementation ne respecte même pas sa propre réglementation et n’a pas de documentation pour rassurer les Canadiens. En matière de sûreté nucléaire, les Canadiens s’attendent à beaucoup mieux.