Le caribou du lac Supérieur, une étude de cas à plusieurs facettes

Quiconque connaît la situation critique du caribou des bois de l’île Michipicoten sait que la survie de cet animal est très sérieusement menacée. Plusieurs possibilités ont été proposées pour protéger la harde de l’île Michipicoten, mais la solution retenue par la province amène les intéressés au dossier à se demander si le caribou constitue vraiment la priorité du gouvernement. Par ailleurs, la lutte pour protéger cet animal montre comment l’interprétation et l’application de la politique fédérale par les provinces peut déboucher sur des résultats difficiles à prévoir.

Le caribou est présent depuis longtemps sur l’île Michipicoten, mais la harde a été décimée au XIXe siècle. En 1981, après qu’un seul caribou ait atteint l’île, la province a amené d’autres bêtes en provenance des îles Slate, dans le but de recréer une harde. Le projet a été couronné de succès et, en 2011, on comptait environ 700 caribous sur l’île. Malheureusement, les grands froids de l’hiver 2014 ont changé la situation.

Pendant cet hiver particulièrement rigoureux, un pont de glace a permis à quatre loups d’atteindre l’île et de s’attaquer aux caribous qui étaient des proies faciles. À l’époque, des représentants du ministère des Richesses naturelles et des Forêts ont capturé des loups et les ont munis de colliers émetteurs afin d’en étudier le comportement. Les défenseurs du caribou, notamment la Première Nation de Michipicoten, soutiennent que cette étude n’allait fournir aucune information de plus que celle qu’on possédait déjà et que la province aurait dû savoir que les loups décimeraient la harde de caribous.

Il va sans dire que c’est précisément ce qui s’est produit. Grâce à une source de nourriture captive, la population de loups s’est accrue alors que celle des caribous déclinait dangereusement. La Première Nation de Michipicoten s’est engagée dans le dossier depuis le début, mais ses représentants affirment que la province n’a pas fait cas des solutions qu’ils ont proposées en dépit du fait qu’elles auraient permis de sauver nettement plus de caribous.

Une de ces solutions proposait de transférer une partie de la meute de loups au Michigan, État qui envisage d’introduire ce prédateur dans l’île Royale, au large de la côte sud du lac Supérieur, pour y empêcher l’accroissement de la population d’orignaux. Cette solution, qui aurait permis d’épargner des loups, aurait apparemment entraîné un cauchemar administratif. La province a récemment déplacé quelques caribous aux îles Slate où se trouve une petite harde de mâles. Le gouvernement espère que l’introduction de ces bêtes permettra à la harde des îles Slate de croître, mais cette solution se fonde davantage sur une hypothèse que sur une certitude.

Pour les derniers caribous restés sur l’île Michipicoten, la solution de la province signifie la mort. Les loups s’attaqueront rapidement aux caribous avant de se retrouver eux-mêmes affamés parce qu’il ne restera aucune source de nourriture animale sur l’île. Force est de s’interroger sur la priorité du gouvernement. Dans le cas qui nous intéresse ici, la province a-t-elle accordé la priorité au caribou des bois qui figure sur la liste des espèces en péril dans la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral, ou aux loups qui, selon toutes probabilités, mourront de faim?

En dernier lieu, la province abandonne la création d’une harde sur l’île Michipicoten, projet qu’elle avait entrepris dans les années 1980. Par surcroît, le fait que le gouvernement fédéral ait inscrit le caribou des bois sur la liste des espèces en péril ne semble avoir eu aucune incidence sur la décision de la province. Néanmoins, cette situation amènera à s’interroger sur l’efficacité de la Loi sur les espèces en péril et sur la capacité du gouvernement fédéral de coordonner ses interventions avec les provinces pour protéger les espèces vulnérables. Entre-temps, je continue de collaborer avec des défenseurs de la cause qui réclament que les deux niveaux de gouvernement fassent ce qui s’impose pour sauver le reste de la harde de caribous de l’île Michipicoten. Malheureusement, le temps presse si on veut recourir à cette solution.