Le cas décisif de Waukesha

J’ai reçu des messages de commettants de ma circonscription préoccupés par la proposition de la Ville de Waukesha, au Wisconsin, pour régler ses problèmes d’alimentation en eau, mais il me semble que cette question devrait intéresser quiconque s’inquiète du bassin des Grands Lacs puisque la situation pourrait créer un précédent et avoir de grandes répercussions dans la région. Puisque Algoma—Manitoulin—Kapuskasing est bordée par deux des Grands Lacs, je suis d’avis que la question intéressera énormément les résidents de la région.

Voici la situation : l’eau potable de Waukesha contient une concentration élevée de radium et celle-ci affirme avoir épuisé toutes les solutions possibles. Pour régler le problème, Waukesha aimerait utiliser le lac Michigan comme source d’eau potable. Cette proposition est importante puisque, même si elle se trouve à proximité du lac, Waukesha se trouve plutôt dans le bassin du Mississippi. 

La ville présente sa demande conformément à l’Accord sur les Grands Lacs, un instrument américain de gestion des eaux des lacs et du réseau du Saint-Laurent. L’Accord interdit tout nouveau détournement des eaux, sauf pour les collectivités situées près du bassin qui s’engagent à retourner l’eau dans le réseau hydrographique.

Les personnes qui appuient la demande sont d’avis que les dispositions de l’Accord seront respectées. Ceux qui s’y opposent craignent que la situation crée un précédent qui ouvrira la porte à des détournements d’eau plus importants. En outre, certaines personnes estiment que Waukesha n’a pas épuisé toutes les options possibles et que la ville se tourne vers la solution la plus facile.

Il suffit d’une recherche rapide sur Internet pour trouver une tonne d’articles de journaux locaux sur la question. Presque tous ces textes sont signés par des administrations municipales, des personnes ou des groupes qui s’opposent à la proposition. Parmi les opposants figurent des maires de villes américaines et canadiennes situées le long des Grands Lacs. Leurs préoccupations portent sur le niveau de l’eau – un enjeu récent bien connu – et sur la qualité de l’eau, étant donné que de l’eau propre sera remplacée par des eaux usées traitées. 

Ces préoccupations découlent essentiellement du risque que l’on détourne en masse les eaux des Grands Lacs si on vient à enfreindre l’Accord. La crise de l’eau potable de Flint, qui a grandement attiré l’attention des médias, est un exemple de détournement qui semblerait raisonnable, mais il faudra combien de temps avant que les régions arides des États-Unis se mettent à lorgner les Grands Lacs pour eux aussi régler leurs problèmes? On pourrait croire que, comme ils contiennent 18 % de l’eau douce de la planète, les Grands Lacs sont une source inépuisable d’eau, mais si l’on n’adopte pas une approche très prudente, nous pourrions atteindre la limite du bassin, et il sera alors trop tard pour rétablir l’équilibre.

Puisque le projet ne dépasse pas les frontières des États-Unis, le Canada n’est pas en mesure de rejeter la demande. Toutefois, les huit États des Grands Lacs ainsi que l’Ontario et le Québec se rencontreront pour discuter de la proposition vers la fin avril. En outre, le Canada peut, au besoin, demander à la Commission mixte internationale d’étudier la question. Quel est votre avis sur la situation?