Le financement d’Anciens Combattants devrait aller de soi

Le Canada vient tout juste de souligner le jour du Souvenir, journée où nous démontrons notre appui et notre engagement envers les braves hommes et femmes qui ont servi et continuent de servir notre pays. Malgré ces bons sentiments, les promesses politiques faites aux vétérans ne se concrétisent pas toujours. C’est ce qui s’est passé avec des gouvernements successifs qui ont tenté de dénicher des économies dans les programmes de services et de prestations pour vétérans. Le plus récent exemple d’une telle situation? Les 372 millions de dollars alloués à Anciens Combattants Canada, mais qui n’ont pas été utilisés. Cette situation prive des vétérans des programmes de services et de prestations qui pourraient grandement les aider dans leur vie après l’armée. On a aussi appris que 270 000 anciens soldats ont été floués par Anciens Combattants Canada pendant plus de huit ans en raison d’une erreur de comptabilité faite dans le calcul de l’indexation mensuelle des prestations pour invalidité et des pensions.

Pour se défendre, le gouvernement a affirmé qu’il avait sciemment prévu plus de fonds que nécessaire afin de pouvoir répondre aux besoins imprévus des vétérans. Pourtant, au même moment, le gouvernement mettait en place un nouveau régime de pension qui réduira le revenu annuel des militaires qui ont récemment pris leur retraite. L’argument de la prévoyance ne tient donc pas la route. Afin de corriger la situation, les néo‑démocrates ont déposé au Parlement une motion pour demander au gouvernement de reporter au budget du prochain exercice d’Anciens Combattants Canada les fonds inutilisés.

La motion n’aborde toutefois qu’un aspect du problème. Le nouveau programme de « pension à vie » du gouvernement, un nom bien ironique quand on sait ce qui se passera en réalité, pourrait être la prochaine occasion pour le gouvernement d’esquiver ses responsabilités. La nouvelle « pension à vie » crée des inégalités considérables entre les « anciens » et « nouveaux » pensionnés : en effet, les vétérans ayant soumis leur demande de prestations avant 2006 conserveraient les paiements habituels tandis que les nouveaux pensionnés ne recevraient qu’un montant forfaitaire pouvant atteindre 365 400 $.

Au fil des ans, la nouvelle mouture du régime de pension pourrait mener à des sommes nettement inférieures à ce que les vétérans recevaient sous l’ancien régime. En outre, à compter d’avril, certaines prestations pour vétérans seront éliminées, notamment le supplément à l’allocation pour incidence sur la carrière, ce qui pourrait se traduire par une perte de revenu pouvant atteindre 12 000 $ pour les vétérans qui y auraient eu droit.

Le ministre d’Anciens Combattants prétend que le nouveau régime de pension sera plus avantageux pour les vétérans étant donné qu’il pourra être adapté aux besoins de chaque individu. À première vue, cela peut sembler très positif, mais on attend encore les preuves à l’appui de cette affirmation. Par contre, il est généralement reconnu que les vétérans qui demanderont leurs prestations de pension après 2006 seront nettement désavantagés par rapport à ceux qui auront demandé leurs prestations de pension avant 2006.

Les économies d’argent sont la principale raison de ce changement au régime de pension. En effet, le nouveau régime devrait permettre au gouvernement d’économiser près de 500 millions de dollars sur cinq ans. Cette estimation contredit le gouvernement, qui déclare vouloir consacrer plus d’argent aux vétérans. Il est également inquiétant d’apprendre que le nouveau programme n’a pas fait l’objet d’une analyse coûts‑avantages de la part du Conseil du Trésor, car les programmes dont les coûts sont censés être inférieurs à un million de dollars par année ne font pas l’objet d’une telle analyse. Les vétérans ont bien compris que cette augmentation négligeable du soutien financier signifie que le gouvernement n’a pas l’intention de tenir sa promesse électorale de leur consacrer des milliards de dollars.

La motion des néo‑démocrates a été adoptée, mais le gouvernement ne devrait pas attendre d’être ridiculisé avant d’agir comme il se doit. Étant donné l’appui général dont bénéficient nos vétérans, leur bien‑être financier devrait être une priorité pour n’importe quel gouvernement. Ces hommes et ces femmes ont servi notre nation. Il est donc tout à fait logique que nous utilisions les fonds disponibles pour payer les services et les prestations dont ils auront besoin après avoir quitté la vie militaire. C’est la moindre des choses que peut faire une nation. Nous exprimons notre gratitude aux vétérans par l’entremise des prestations de pension qui leur sont versées. Or trop de gouvernements estiment qu’il s’agit simplement d’un poste budgétaire parmi tant d’autres, poste budgétaire qu’ils peuvent sabrer comme bon leur semble.