Le gouvernement fédéral reprend à son compte les stratagèmes provinciaux

Si vous n’êtes pas emballés par la façon dont on jongle avec les comptes à Queen’s Park, alors cramponnez-vous avant de jeter un regard du côté d’Ottawa. Ce n’est un secret pour personne, il y existe beaucoup de connivences entre le gouvernement libéral de l’Ontario et le gouvernement fédéral libéral. Que ce soit pour s’afficher dans la campagne comme les meilleurs amis du monde, ou pour occuper de nouveaux postes à Ottawa une fois que les cousins fédéraux ont été élus, les libéraux ontariens ont eu une grande influence sur l’allure qu’a prise le nouveau gouvernement à Ottawa. C’est tout particulièrement frappant pour la politique financière.

Cette ressemblance transparaît surtout en matière de promesses d’investissement dans les infrastructures et d’euphémismes qui dissimulent mal ce qui est en vérité une privatisation des biens publics. Cela revient à vendre ses actions majoritaires d’Hydro, mais à l’échelle nationale. Étant donné le tollé violent et persistant qu’a suscité la décision relative à Hydro, on pourrait croire que les libéraux fédéraux ne seraient pas tentés de recourir à leur tour à cette manœuvre économique douteuse, mais ils semblent, sur ce front, vouloir adopter la même attitude de sourde oreille que leurs homologues provinciaux.

Une chose est sûre, le gouvernement libéral a fait de grandes promesses en matière de nouveaux investissements dans les infrastructures durant la campagne électorale. Bien que leur budget fédéral soit inférieur de 3,4 milliards de dollars à ce qu’ils avaient promis, il nous a donné un avant-goût de ce que sera leur stratagème de privatisation. Non seulement semble-t-il à s’y méprendre à celui utilisé par les libéraux provinciaux, mais il reprend aussi les mêmes euphémismes pour dissimuler la réalité.

Bien caché au fin fond du Budget 2016 se trouve une note qui dit que les libéraux prévoient pratiquer le « recyclage d’actifs », ce qui semble bénin, voire même écologique, jusqu’à ce vous y regardiez à deux fois. Et ce, parce que, en fait, « recyclage d’actifs » n’est rien d’autre qu’une nouvelle façon de dire « privatisation ». Comme dans bien d’autres domaines, les libéraux fédéraux adoptent un langage nouveau, mais nous resservent en fait de vieilles politiques conservatrices qui se sont révélées désastreuses.

En Ontario, Kathleen Wynne avait promis de gros investissements dans les infrastructures, mais quand est venu le moment de les financer, elle a décidé de privatiser Hydro One, un choix qui a été critiqué par le vérificateur général et pour lequel les Ontariens vont devoir payer pendant des générations. Car elle n’a en fait rien fait d’autre que de brader un milliard de revenus par année pour la somme de quatre milliards. Quiconque voit à plus long terme qu’une échéance de quatre ans sautera sur l’occasion. Et comment a-t-elle appelé cette opération? Vous l’aurez deviné, « recyclage d’actifs ».

Les libéraux fédéraux s’apprêtent donc à se vanter d’investir dans les infrastructures de l’argent qu’ils n’auront pas dépensé tout en laissant aux Canadiens le soin de payer la facture avec de nouveaux péages et frais d’utilisation. Ils espèrent inciter les gros fonds de retraite à « investir » dans les infrastructures, puis leur permettre de monétiser ces actifs. Il ne s’agit pas tant d’infrastructures publiques que d’occasions d’affaires garanties pour les gros investisseurs.

Andrew Coyne a très clairement expliqué la semaine dernière dans le National Post pourquoi c’était une très mauvaise idée. Il affirme que les projets doivent être soit entièrement privés, soit entièrement publics, et démontre que toute mixité se traduit inévitablement par « un risque public pour des profits privés ». Pour les Ontariens, tout cela à une allure de déjà vu et leur laisse présager qu’ils vont devoir à nouveau payer pour tout un ensemble d’actifs « publics » non gouvernementaux. Au bout du compte, il s’agit là d’une politique recyclée qu’il aurait bien mieux valu jeter à la poubelle.