Le gouvernement met de côté la promesse d’une réforme électorale

Nous devrions l’avoir vu en octobre dernier, lorsque Justin Trudeau a déclaré au journal Le Devoir qu’il n’avait plus la même appétit pour la réforme électorale qu’il avait lorsque les conservateurs étaient au pouvoir. Ce qu’il voulait probablement dire, c’est que les libéraux n’ont plus envie de changer un système qui vient de leur donner un gouvernement majoritaire avec seulement 40 % du vote populaire et que les mathématiques électorales, qu’ils trouvaient si imparfaites lorsqu’elles penchaient en faveur de Stephen Harper, sont tout à fait acceptables quand elles leur sont favorables.

Le premier ministre n’a pas tardé à revenir sur ses propos parce-que cela donnait une si mauvaise impression. Le Comité spécial sur la réforme électorale n’avait alors même pas fait rapport au Parlement après avoir passé des mois à consulter les Canadiens. Toutefois, l’empressement que le gouvernement avait pris à former le Comité était sans doute le premier indice de son manque d’engagement à l’égard de la réforme électorale.

Les Canadiens peuvent être excusés de penser autrement parce que les Libéraux ont bel et bien affirmé qu’ils allaient changer le système. Il s’agissait d’un volet important de leur plate-forme électoral et du discours du Trône qui a établi les bases de la législature actuelle. Mis à part le dérapage d’octobre, le Premier Ministre est resté fidèle au message et il a persisté à parler de réforme électorale durant les assemblées publiques qui ont précédé la session parlementaire actuelle. Or, tout a changé avec la lettre de mandat pour le nouveau ministre des Institutions Démocratiques, affirmant que le gouvernement laisse tomber la réforme électorale.

Les députés qui avaient passé la dernière année à travailler au sein du Comité ont subi un choc terrible. Les Néo-Démocrates et les Verts ont également fait  de la réforme électorale  une pierre angulaire de leurs plates-formes électorales. Il semble maintenant que les libéraux ne l’ont inclus dans leur campagne que pour attirer les électeurs. De toute façon, que plus de 60 % des votes exprimés en 2015 sont allés à des partis qui avaient déclaré ouvertement qu’ils changeraient le système pour faire en sorte que, pour reprendre les mots du Premier Ministre, « chaque vote compte ».

Le gouvernement prétend qu'ils ne parviennent pas à trouver un consensus sur la question, mais leur sondage qui a suivi la recommandation du comité pour la représentation proportionnelle a été largement critiquée d’être vague. De plus, il n'a jamais été clair qu'ils étaient à la recherche d'un consensus tout au long du processus et avec l'enquête en particulier.

Le problème sera maintenant de gérer le cynisme des électeurs qui pensaient que le gouvernement allait modifier un système injuste. Si les Canadiens ont besoin qu’on leur rappelle à quel point le système reflète la mal volonté de l’électeur, ils n’ont qu’à songer aux élections de 1993. Le Bloc québécois avait alors réussi à devenir l’Opposition Officielle, en se classant deuxième pour le nombre de sièges au Parlement, mais quatrième sur le plan du vote populaire. En même temps, le NPD avait remporté quatre fois plus de sièges que les conservateurs, même si ces derniers avaient obtenu plus d’un million de votes de plus.

Les promesses d’une réforme électorale étaient considérées comme faisant partie d’une plate-forme progressiste, et c’est ce qui a incité davantage de personnes à voter lors des dernières élections. Faire marche arrière sera perçu comme une trahison envers les Canadiens qui croyaient avoir voté pour changer la façon de faire de la politique. Au lieu de corriger les défaillances de notre système électoral au profit de tous les Canadiens, les Libéraux se contentent de ne rien faire parce qu’ils les aide maintenant. C’est une façon cynique de faire de la politique, et cela risque de diminuer le taux de participation électorale. Les Canadiens méritent mieux.