Le gouvernement veut vous faire peur

Les discussions sur le terrorisme laissent peu de place aux nuances, et c’est en grande partie à cause du gouvernement, qui insiste pour attiser le feu chaque fois qu’il est question de ce sujet. Des enjeux aussi importants que les politiques en matière de défenses et les missions militaires devraient faire l’objet des débats les meilleurs et les plus approfondis, mais le gouvernement s’entête à les utiliser comme outils de division afin de mieux régner sur l’opposition politique nationale. Le recours continu à des tactiques qui sèment la discorde mène à un climat politique dysfonctionnel dans lequel les soldats se trouvent réduits à l’état de pions politiques. 

Maintenant, nous apprenons que le gouvernement a exigé des fonctionnaires qu’ils lui fournissent des documents pour que les sujets liés au terrorisme demeurent dans les manchettes, qu’il s’agisse de nouvelles récentes ou non. Cette affaire a été mise au jour par une émission d’affaires publiques de la CBC, qui a obtenu des courriels montrant que le ministre des Affaires étrangères avait demandé à son ministère de lui fournir trois déclarations par semaine sur le terrorisme. On ne peut que présumer qu’il s’agissait pour le gouvernement d’une façon de s’assurer que le sujet demeure frais à la mémoire des électeurs canadiens lorsque viendra le temps de voter en octobre.

S’il est convenable que le ministre fasse des déclarations sur la situation internationale à mesure qu’elle évolue, on ne peut dire la même chose de l’obligation faite au ministère de remplir des quotas. On sent à plein nez la tentative désespérée du gouvernement d’attirer l’attention des Canadiens sur le terrorisme pour qu’ils ne remarquent pas la faiblesse de ses résultats économiques. 

Il ne fait aucun doute que nous devons faire preuve de vigilance face au terrorisme, mais si on nous pousse à nous inquiéter quasi jusqu’à la paranoïa, nous risquons de perdre de vue les enjeux importants qui sont plus ancrés dans notre vie de tous les jours. C’est probablement ce qu’espère le gouvernement, qui se croit le seul capable de parler de terrorisme. À chaque fois, il s’est érigé en parangon de la sécurité et a affirmé que quiconque critiquait ses initiatives se rangeait du côté des terroristes. La logique est loin d’être élégante, mais le gouvernement semble satisfait de présumer que suffisamment de Canadiens voteront en fonction de cette question pour lui permettre de se maintenir en place.

Il ne s’agit pas ici de négliger la menace terroriste, mais n’oubliez pas que vous courez beaucoup plus de risques d’être impliqués dans un accident de voiture, et le gouvernement ne fait pas trois déclarations par semaine à ce sujet. Le terrorisme est, et doit demeurer, une source de préoccupation pour le gouvernement fédéral. Par contre, il ne doit pas servir de pion dans la joute politique nationale. Pourtant, c’est exactement comme ça que le gouvernement de Stephen Harper l’utilise, si l’on en juge par ses actions. Ce gouvernement ne laisse aucune place à la discussion lorsqu’il est question de trouver des solutions ou d’établir des politiques sur la façon dont nous devons aider les nations qui demandent notre appui dans leurs luttes.

Il est important de se rappeler que l’Irak avait demandé de l’aide humanitaire quand les conservateurs ont décidé de se joindre aux Américains pour combattre le groupe armé État islamique le printemps dernier. Les Irakiens ont demandé des couvertures, on leur a envoyé des bombes. Pire encore, la mission n’a reçu l’appui ni des Nations Unies ni de l’OTAN. Mais les conservateurs ne veulent pas discuter de ces questions. Ils préfèrent les déclarations belliqueuses semant la division chez les Canadiens qui désirent véritablement vivre dans un monde plus pacifique et plus sécuritaire, mais qui ont une opinion différente sur la façon d’y parvenir. C’est pourquoi le gouvernement conservateur a besoin de trois déclarations par semaine sur le terrorisme, pour que la population canadienne l’ait toujours à l’esprit.