Le Parlement modifie les règles qui devaient protéger des emplois

Chaque fois qu’on apprend que le gouvernement se plie aux exigences du secteur privé canadien afin qu’il puisse être « plus concurrentiel », on peut être presque assuré que le Canada est sur le point de perdre des emplois au profit de l’étranger. Dans le même ordre d’idées, les politiciens qui parlent sans cesse de notre « capacité à soutenir la concurrence » sont ceux qui, habituellement, trahissent les travailleurs canadiens et se cachent derrière un patriotisme délavé. Soit dit en passant, il y avait beaucoup des deux à la Chambre des communes cette semaine pendant le débat sur le projet de loi C 10, Loi modifiant la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada.

Si le titre du projet de loi semble ennuyeux et anodin, son contenu en est tout le contraire. Pourquoi? Parce qu’il pardonne rétroactivement à Air Canada d’enfreindre la loi et ne fait que confirmer l’effritement du rôle moteur du transporteur dans l’industrie aérospatiale chancelante du Canada.

La situation remonte à 1988, l’année où la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada a été créée pour faciliter la privatisation du transporteur. Entre autres conditions fixées dans la Loi, il est prévu qu’Air Canada conserve les activités d’entretien de ses aéronefs à Winnipeg, à Mississauga et à Montréal. Transportons-nous maintenant en 2012. La société d’aérospatiale Aveos fait faillite. Cette entreprise, née de la vente de la division des services techniques d’Air Canada, employait des travailleurs au Québec et au Manitoba. Sa faillite coûte au Canada 2 600 emplois dans le secteur de l’aérospatiale. Air Canada est montrée du doigt.

Dans la foulée de la faillite d’Aveos, le gouvernement du Québec et l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) intentent des poursuites contre Air Canada, l’accusant d’avoir violé la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada. Le gouvernement du Manitoba intente lui aussi des poursuites de nature similaire contre le transporteur à la suite de la fermeture du centre de service d’Aveos de la province. En 2013, la Cour supérieure du Québec donne raison à la province et à l’AIMTA. La décision est confirmée par la Cour d’appel du Québec en novembre 2015. Air Canada décide alors de demander une autorisation d’appel devant la Cour suprême du Canada.

Mais maintenant, Air Canada n’a plus à s’inquiéter de cet appel : les libéraux se servent de leur majorité pour faire adopter à toute vapeur le projet de loi C-10 par le Parlement. Le secteur privé du Canada remporte donc une autre victoire. Les libéraux usent de toutes sortes d’arguments et d’excuses pour dire qu’il est injuste, sur le plan de la compétitivité, d’obliger Air Canada à faire faire son entretien en sol canadien. Cette mentalité démontre qu’ils n’ont aucunement l’intention de protéger l’industrie canadienne de l’aérospatiale.

Nous devrions garder ce détail en tête alors que nous évaluons si ce gouvernement est tout désigné pour traiter le dossier de Bombardier. Cette entreprise demande des milliards en fonds publics pour sa division de l’aérospatiale. Les libéraux dégageront-ils des fonds sans condition? Fixeront-ils des conditions qui pourront plus tard être ignorées sans conséquence? Le projet de loi C-10 rend tous ces scénarios beaucoup plus crédibles qu’il y a quelques mois. Sur le plan économique, il devient difficile de distinguer le gouvernement libéral actuel du gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Avant de devenir premier ministre, Justin Trudeau se tenait aux côtés des travailleurs de l’aérospatiale et disait qu’il allait lutter pour conserver leurs emplois au Canada. Aujourd’hui, il les prive de leur emploi au profit de ses amis du secteur privé, pendant que son gouvernement scande des slogans pour défendre leur vente à rabais.