Le Parlement rejette une occasion d’économiser des milliards de dollars et d’améliorer le bilan en matière de santé.

Au Canada, si vous vous coupez le doigt, vous allez chez le médecin, vous recevez des soins et vous ne voyez jamais une facture. Par contre, si vous vous rendez au bureau d’un médecin et qu’on vous diagnostique une infection pour laquelle vous devez prendre un médicament d’ordonnance, vous devrez le payer de votre poche. Cela n’a aucun sens. Cet exemple montre bien qu’un régime d’assurance‑médicaments universel profiterait aux Canadiens. Un rapport publié fin septembre par le directeur parlementaire du budget (DPB) a appuyé l’argument selon lequel un régime national d’assurance-médicaments ferait économiser des milliards de dollars par an aux Canadiens, confirmant ce que des spécialistes en politique publique affirmaient depuis des années.

Le Canada est le seul pays important à avoir un système de santé universel qui ne fournit pas d’assurance-médicaments à ses citoyens. Selon un sondage récent de l’Institut Angus Reid, plus de 90 % des Canadiens sont favorables à l’universalité de l’assurance-médicaments, mais un vote de la Chambre des communes cette semaine a confirmé que la majorité des députés ne le sont pas. Et comme le vote a eu lieu après la publication du rapport du DPB, on ne peut pas dire que c’est parce qu’ils ne disposaient pas de la meilleure information disponible.

Le rapport du DPB aux parlementaires indique qu’un régime national d’assurance‑médicaments coûterait des milliards de dollars de moins que le montant que les Canadiens payent déjà pour les médicaments d’ordonnance. Ce que cela implique, toutefois, c’est que les économies pourraient être encore plus importantes, dans la mesure où les gouvernements (fédéral et provinciaux) consacrent déjà des sommes considérables pour l’achat des médicaments au comptant et pour couvrir les quotes-parts dans le cadre de régimes de soins de santé. Il faut aussi tenir compte de ce que permettrait un véritable achat de gros et de l’explosion des coûts de la contribution aux régimes de santé des employeurs, de sorte qu’il est facile de voir d’où viendraient toutes ces économies.

L’argument le plus fort, peut-être, en faveur d’un régime universel d’assurance-médicaments est qu’il permettrait à un plus grand nombre de gens d’avoir accès aux médicaments dont ils ont besoin. Cela améliorera le bilan en matière de santé et cela abaissera le coût de la prestation des soins. Trop de gens au Canada n’ont pas les moyens de se payer leurs médicaments d’ordonnance : c’est donc le meilleur moyen de résoudre le problème, et en même temps c’est un moyen d’économiser. Le rapport du DPB indique qu’un régime national d’assurance-médicaments représenterait pour les Canadiens une économie nette de 4,2 milliards de dollars par an. Ce n’est pas comme si nous ne dépensions pas d’argent actuellement. De sorte que la vraie question est de savoir si nous voulons payer en tout 24,6 milliards de dollars, avec des millions de gens qui ne sont pas assurés, ou si nous voulons payer en tout  19 milliards de dollars et que chaque Canadien soit assuré.

C’est essentiellement ce principe que les néo-démocrates ont demandé au Parlement d’appuyer lorsqu’ils ont présenté une motion appelant le gouvernement à amorcer les négociations avec les provinces pour mettre en œuvre un régime universel d’assurance-médicaments. Malgré l’avalanche de preuves des avantages d’un tel régime, sans oublier le fait que le Canada fait figure d’exception parmi les pays ayant un système de soins universel, le gouvernement a fait bloc pour rejeter la motion. 

Un régime universel d’assurance-médicaments fera économiser des milliards aux Canadiens tout en étendant la protection à chaque citoyen. Il éliminera pour les familles les frais qu’ils payent de leur poche et permettra aux employeurs de réaliser des économies substantielles. Un tel régime représenterait aussi des économies à long terme pour notre système public de soins en permettant à ceux qui n’ont actuellement pas les moyens de payer leurs médicaments d’ordonnance de le faire et d’améliorer ainsi leur état de santé. Avec la publication récente du rapport du DPB, il est plus clair que jamais qu’un régime national d’assurance-médicaments est non seulement une bonne chose pour la santé des Canadiens, mais également pour notre économie. Il est regrettable que les députés n’aient pas été de cet avis en plus grand nombre.