Le Tribunal canadien des droits de la personne ouvre la porte aux enfants des Premières Nations

Les Canadiens ont tant de raisons d’être fiers, mais il leur reste encore bien des injustices à corriger.  C’est d’autant plus évident maintenant que la décision du Tribunal des droits de la personne vient confirmer ce que bon nombre d’entre nous savent depuis plusieurs années, c’est‑à‑dire que les enfants de Premières Nations ne reçoivent pas le même traitement et le même soutien gouvernemental que nos enfants. La décision de principe unanime prise par le Tribunal confirme  que le gouvernement fédéral  a agi de façon discriminatoire à l’endroit des enfants de Premières Nations en accordant moins de financement aux services d’aide à l’enfance à l’intérieur des réserves.   

Ce jugement survient neuf ans après le dépôt de plaintes par l’Assemblée des Premières Nations et de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières nations du Canada. La lenteur du processus découle en partie d’un effort concerté pour tenter de discréditer la militante Cindy Blackstock.

Mme Blackstock, la directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, s’est battue sans relâche pour cette question et elle mérite de grands éloges pour son travail acharné. L’une des plus ardentes détractrices de Stephen Harper, elle s’est attiré beaucoup d’attention négative de la part du gouvernement, que ce soit sous la forme de harcèlement de la part d’un haut fonctionnaire du ministère des Affaires autochtones ou de surveillance de la part de Justice Canada. Toutefois, sa détermination est demeurée indéfectible tout au long de sa lutte pour corriger les injustices.

Le gouvernement conservateur a dépensé 5,3 millions de dollars en frais juridiques pour tenter d’entraîner le Tribunal des droits de la personne à rejeter l’affaire, sans parler des sommes qu’il a par la suite dépensées pour faire appel du jugement qui ne lui plaisait pas.  Cela dit, plusieurs gouvernements ont dû jongler avec la question par le passé. C’est d’ailleurs un gouvernement libéral qui a mis sur pied la limite inéquitable et restrictive de 2 % au financement des services de base des Premières nations. À l’aide d’une demande d’accès à l’information, Mme Blackstock a découvert une tentative du gouvernement de cacher 100 000 documents liés à l’affaire. La raison de cet effort concerté du gouvernement pour tenter de contrecarrer la demande est bien simple : il ne voulait tout simplement pas fournir aux enfants de Premières Nations les mêmes services sociaux que ceux qu’il fournit aux  enfants de nos villes et villages. Le fait que cet effort systémique ait visé à empêcher des enfants de profiter d’occasions égales constitue une vraie honte.

Maintenant que nous connaissons les faits, nous devons décider de la meilleure façon de remédier à la situation. Le budget fédéral, qui sera déposé dans quelques semaines, serait l’outil idéal pour mettre un terme à cette injustice.  Les néo‑démocrates ont demandé à plusieurs gouvernements successifs d’éliminer le plafond de financement et d’investir dans le bien‑être des enfants des Premières Nations. Chaque journée passée à étudier la question est une autre journée durant laquelle des enfants sont systématiquement privés de leurs droits. Le Tribunal confirme qu’il est temps pour le gouvernement de faire la bonne chose et placer le bien-être de ces enfants en premier rang et éliminer la discrimination systémique.

Comme l’a si bien dit Cindy Blackstock : « Les enfants n’ont qu’une enfance. Ils ne peuvent pas attendre les résultats d’études. Ils ne devraient pas être obligés d’attendre les résultats d’études. Le gouvernement sait ce qu’il doit faire pour aider cette génération d’enfants, il n’a qu’à s’y mettre et il en a la preuve dans ses propres dossiers. Je prie pour que nous puissions, en tant que nation, utiliser la décision rendue pour mettre fin à la discrimination raciale qui sévit dans notre pays. Il s’agit de notre « Mississippi ».