Les chèques promotionnels arrivent

Le Canada entrera bientôt dans la saison des annonces, prélude aux élections fédérales. Tâchons de nous en souvenir lorsque nous verrons le gouvernement utiliser notre argent pour tenter d’influencer les électeurs. Ou plutôt les électeurs des grandes villes, parce qu’encore une fois, les conservateurs ont assorti les dépenses d’infrastructure de calendriers beaucoup trop serrés pour que la plupart des petites communautés puissent en profiter.

Les gros chèques promotionnels de la dernière cuvée seront distribués au nom de la préparation du pays en vue de notre 150e anniversaire en 2017. L’événement est important et mérite notre soutien. Il existe en outre un précédent en matière d’investissement dans des infrastructures afin de souligner des événements nationaux marquants. La préparation de notre centenaire, en 1967, a donné lieu à d’importants investissements, et il n’y a rien de scandaleux à ce que des investissements soient réalisés aujourd’hui. Ce qui est scandaleux cependant, c’est le calendrier restrictif et l’annonce insignifiante qui ont accompagné le Programme d’infrastructure communautaire de Canada 150.

Premier signe qu’il y avait anguille sous roche, le programme a été annoncé un vendredi, un temps mort pour les nouvelles politiques. Les annonces du vendredi sont habituellement faites dans l’espoir que personne n’y portera attention. On se demande donc pourquoi le gouvernement a procédé de la sorte, et l’hypothèse retenue veut que l’objectif était de cacher le fait qu’il s’agissait d’une caisse noire conçue pour permettre aux députés conservateurs de participer à des séances de photographie au cours des jours et des mois précédant le 19 octobre, jour des élections.

Le programme n’est assurément pas très ambitieux, avec ses 150 millions de dollars pour 1 800 projets d’infrastructures communautaires.  Le grand problème est que le délai est ridiculement court. En annonçant le 15 mai que les demandes de financement en Ontario doivent être envoyées au plus tard le 9 juin, il est pratiquement certain que les petites villes ne pourront produire de demande de financement dans les délais. Les grandes villes, où travaillent à temps plein des avocats, des ingénieurs et autres professionnels, n’auront pas que leur part du gâteau, elles auront tout le gâteau. C’est injuste pour les petites villes, particulièrement pour le Nord, qui est essentiellement constitué de communautés de ce genre.

Cela n’a cependant rien de nouveau, et des recherches menées par le NPD mettent en lumière de véritables données illustrant comment les conservateurs sous-utilisent les fonds dans le Nord de l’Ontario, d’année en année. Les constatations, qui concernent FedNor (notre agence de développement économique régionale), établissent une comparaison entre les fonds qui ont été annoncés dans les budgets fédéraux et les fonds qui ont été dépensés pour des projets. Les dépenses reportées ne sont pas uniquement le fait des conservateurs; les libéraux ont aussi reporté de nombreuses dépenses quand ils étaient au pouvoir. Les sommes totales sont stupéfiantes : un peu plus de 40 millions de fonds non dépensés au cours des deux dernières décennies. Une bonne part de ces reports de fonds, 19 millions de dollars, a eu lieu au cours des 4 dernières années, sous la majorité conservatrice.

Ces fonds périmés retournent au Trésor fédéral et sont employés pour toutes sortes de dépenses, comme des publicités inutiles et ouvertement politiques, et même des caisses noires. Au même moment, nous sommes forcés de lutter pour l’obtention de petits investissements fédéraux qui ont une grande importance, telle que la subvention qui a permis le maintien des trains de passagers d’ACR, ou les fonds qui étaient requis pour la réparation du port fédéral de South Baymouth qu’utilise le traversier Chi-Cheemaun. Souvenez-vous-en la prochaine fois que vous verrez un politicien conservateur montrant un grand chèque en carton. Rappelez-vous aussi que le gouvernement a réussi à transformer les investissements pour notre 150e anniversaire en opération partisane, encore une fois – quelle hont.