Les enfants des Premières nations ne sont toujours pas une priorité

En 2007, le Parlement a appuyé à l’unanimité une motion du NPD d’initiative parlementaire visant à accorder la priorité absolue aux enfants. Cette motion demandait au gouvernement fédéral de payer les dépenses de santé d’abord, puis de déterminer ensuite quelle administration était responsable. C’est ce qu’on appelait le Principe de Jordan, qui reposait sur la bataille entourant le défunt Jordan River Anderson, de la Première Nation de Norway House, au Manitoba.  À la naissance, Jordan présentait de graves problèmes de santé. Un conflit bureaucratique l’a empêché de retourner chez lui, même si les médecins affirmaient qu’il pouvait le faire. Il a donc passé des années à l’hôpital, inutilement, alors que le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral se chamaillaient pour savoir qui devait payer ses soins à domicile. Lorsqu’il est décédé à l’âge de quatre ans, Jordan n’avait jamais passé une journée dans son domicile familial.

La seule bonne chose qui est ressortie de cette tragédie : la publicité négative autour des services de santé et des services sociaux offerts par le Canada aux jeunes des Premières Nations et ce qui semblait être une volonté politique de mettre fin à cette situation. Malheureusement, toute volonté politique doit être assortie d’engagements financiers, et c’est là où le Canada laisse tomber les enfants des Premières Nations, à maintes reprises. Nous l’avons observé avec les luttes entre le gouvernement précédent et la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, qui se sont terminées par une décision de principe du Tribunal Canadien des Droits de la Personne, l’année dernière.

Le gouvernement actuel a été élu après avoir fait de nombreuses promesses aux Premières Nations, et plus particulièrement aux jeunes. Les Libéraux appuyaient sans réserve le Principe de Jordan lorsqu’ils étaient dans l’opposition et l’été dernier, ils ont annoncé des fonds importants pour combler les lacunes dans ce dossier. Lorsqu’ils ont annoncé qu’ils allaient verser jusqu’à 382 millions de dollars sur trois ans, on pouvait espérer l’adoption du Principe de Jordan et la réduction des inégalités. 

Tout cela semblait très positif, mais des documents présentés en cour cette semaine brossent un tableau beaucoup plus sombre de la situation et montrent que le gouvernement ne délie toujours pas les cordons de la bourse pour les enfants des Premières Nations. Jusqu’à maintenant cette année seulement, seulement 11,4 des 127 millions de dollars ont été dépensés. Les données remontent au mois de janvier, ce qui représente les trois quarts d’une année fiscale. Les besoins ne se dissipent pas rapidement dans de nombreuses communautés. Pourquoi l’argent n’est-elle pas distribué? 

La notion selon laquelle il faut seulement verser de l’argent lorsqu’une demande est présentée pour un enfant est l’une des raisons pour lesquelles le ministère consacre aussi peu d’argent à cette situation. En d’autres mots, l’argent n’est pas dépensé de manière proactive. Nous avons constaté à quel point un travail proactif est nécessaire, le mois dernier, lorsqu’un pacte de suicide a déchiré la Première nation de Wapekeka. La terrible vérité : les dirigeants de cette communauté avaient présenté une demande pour obtenir de l’aide en prévention du suicide l’été dernier, mais cette demande avait été refusée.

Lorsque j’ai été élue pour la première fois en 2008, le Parlement étudiait toujours les détails du Principe de Jordan. Ce dossier était appuyé par tous les partis, mais le gouvernement avait besoin d’une impulsion pour se pencher sur le niveau profondément inéquitable de services de santé et de services sociaux offerts aux jeunes des Premières Nations.  Il est étonnant de constater qu’après toutes ces années, le gouvernement doit toujours être rappelé à l’ordre parce qu’il ne respecte pas ses engagements. Nous devons cesser d’applaudir les annonces et féliciter les gouvernements uniquement lorsqu’ils obtiennent des résultats. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.