Les nouvelles du vendredi sont rarement bonnes

Quand une information politique sort un vendredi après-midi, il ne s’agit habituellement pas d’une bonne nouvelle. C’est souvent le moment que choisit un gouvernement pour reconnaître des faits gênants, question de les faire passer en sourdine alors que les gens n’ont la tête qu’à la fin de semaine qui s’amorce. Des exceptions peuvent toujours survenir, bien sûr, et c’est ce qui s’est produit la semaine dernière quand le statisticien en chef du Canada a démissionné de manière retentissante, captant l’intérêt des salles de nouvelles partout au pays.

La raison invoquée par Wayne Smith était le désir d’attirer l’attention sur le non-respect de l’engagement du gouvernement d’accorder une indépendance accrue à Statistique Canada. Le problème que déplore M. Smith concerne le nouveau système de centralisation des technologies de l’information du gouvernement à Services partagés Canada, qui compromet selon lui la capacité de Statistique Canada de remplir son mandat. 

Ayant déjà soulevé la question auprès du premier ministre et de son gouvernement, M. Smith a conclu qu’ils ne comptaient pas régler le problème. Il estimait ne pas pouvoir poursuivre son mandat et présider à l’affaiblissement de Statistique Canada. C’est une accusation accablante adressée à un gouvernement qui prétendait vouloir fonder ses décisions sur des preuves et promettait de démuseler nos fonctionnaires à cette fin.

Services partagés Canada devait permettre de réaliser des économies, et on ne sait même pas si ce sera le cas. Les néo-démocrates demandent au gouvernement d’enquêter sur toutes les préoccupations soulevées au sujet de Services partagés et jurent de défendre l’indépendance de Statistique Canada et la prise de décisions fondée sur des faits, afin d’éviter toute ingérence politique. Nous assistons parallèlement aux problèmes du système de paie Phénix. Les deux systèmes ont été mis en place par les conservateurs, prétendument pour réaliser des économies. Les problèmes de Phénix ont été plus médiatisés, mais il semble que l’une et l’autre initiative risque de s’avérer très coûteuse au bout du compte.

Le gouvernement libéral est encore en début de mandat, mais les petits faux pas peuvent s’additionner s’il ne fait pas attention. Ce qui paraît étrange, c’est de voir les libéraux défendre de si nombreuses initiatives conservatrices auxquelles ils disaient s’opposer depuis des années. La plupart des gens comprennent que les paroles doivent s’accompagner d’actes, mais il semble que le gouvernement soit déterminé à l’apprendre à ses dépens. 

Parmi les autres nouvelles de l’heure, nous pouvons tous envier la chef de cabinet et le premier secrétaire du premier ministre. Ces deux personnes sont au cœur des révélations de cette semaine sur les frais de déménagement que le gouvernement a dû expliquer. Il en a coûté plus de 200 000 $ pour réinstaller deux ménages d’Ottawa à Toronto, et l’importance de la somme a déconcerté les gens.

Le gouvernement a expliqué que les coûts comprennent les commissions immobilières et les frais juridiques associés aux déménagements, mais ces dépenses restent exorbitantes. Bien qu’ils prétendent que les règles ont été respectées, pour la plupart des Canadiens, c’est une situation inouïe. Il est plus facile de comprendre un tel remboursement quand il est destiné aux membres de nos forces armées qui reçoivent l’ordre de déménager. Or, nul n’ordonnait à ces personnes de faire quoi que ce soit. Elles ont choisi d’accepter leur emploi et devraient payer leurs propres frais comme quiconque déménage pour prendre un emploi qui l’intéresse. On peut imaginer que le gouvernement aurait préféré que cette nouvelle aussi sorte un vendredi après-midi.