Les tendances en matière de commerce sont en train de changer

Depuis des décennies, les politiciens de droite promeuvent les accords de libre-échange comme s’il s’agissait de remèdes miracles pour l’économie. Carburant au mythe du ruissellement de la richesse, les accords de libre-échange ont été présentés comme étant la seule voie de l’avenir pour une économie moderne. Mais les choses ont changé. Dernièrement, le vote pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et l’ascension aux États-Unis de Donald Trump au titre de candidat républicain à la Maison-Blanche ont en commun d’avoir été portés par un certain scepticisme à l’égard des accords de libre-échange. Le phénomène touche aussi le Canada où des rapports faisant état d’un soutien faiblissant à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont été rendus publics en marge d’un sommet réunissant les dirigeants des pays concernés.

Bien qu’il puisse sembler surprenant pour certains que les accords de libre-échange perdent de l’attrait pour les électeurs, il est assurément renversant de constater que les attaques émanent maintenant de politiciens conservateurs. Il est aussi surprenant de voir que leurs critiques sont accueillies sans grande preuve, alors que les préoccupations de la gauche ont toujours été traitées comme étant sans fondement, quel que soit le soin que ses représentants mettaient pour les présenter. La vague allégation de Donald Trump concernant la nécessité de renégocier l’ALENA est passée dans les médias comme une lettre à la poste.

De tels propos n’ont cependant rien à voir avec le point de vue officiel du Canada, des États-Unis et du Mexique à ce sujet. Lorsqu’il s’est adressé au Parlement canadien, à la fin de juin, le président Obama s’est donné beaucoup de mal pour défendre les accords de libre-échange, et ses mots semblaient destinés aussi bien à l’électorat américain qu’aux parlementaires. Entretemps, les libéraux ont signé le Partenariat transpacifique (PT) et ils ont paru contrariés lorsque le vote en faveur du Brexit est venu faire bifurquer de sa voie rapide l’Accord économique et commercial global (AECG) qu’avait négocié Stephen Harper. Cette conjoncture met en évidence le fait que, sur le plan de la politique commerciale, le changement de gouvernement à Ottawa s’est opéré sans heurts.

Cela ne devrait pas surprendre les personnes qui étudient la politique canadienne. À l’égard des accords commerciaux, les libéraux ont toujours eu deux positions : celle qu’ils ont quand ils sont dans l’opposition et celle qu’ils ont quand ils forment le gouvernement. Nombreux sont ceux qui se rappelleront que John Turner avait mené « la campagne de sa vie » en s’opposant à l’Accord de libre‑échange (ALE) entre le Canada et les États-Unis que défendait Brian Mulroney, exactement comme Jean Chrétien l’a fait, plus tard, relativement à l’ALENA. Or, malgré le grand bruit que l’on a fait de ces promesses pendant les campagnes, les libéraux n’ont rien changé une fois les conservateurs renversés.

Selon les néo-démocrates, les accords commerciaux doivent être jugés selon leurs qualités et non en fonction de prétentions théoriques. Nos préoccupations sur la disparition de notre secteur manufacturier, sur l’allègement des normes environnementales et sur le recul de notre souveraineté se sont avérées justes. En ce qui concerne l’avenir, nous nous inquiétons pour les producteurs agricoles canadiens qui ont été abandonnés dans le cadre de l’AECG et du PT, et nous sommes interpellés par l’augmentation imminente du prix déjà élevé des médicaments d’ordonnance et l’engagement grandissant à l’égard des investisseurs. Cet engagement a donné lieu à une série de poursuites judiciaires et de règlements aux termes desquels l’argent durement gagné des contribuables doit être cédé au profit de personnes morales qui, d’une façon ou d’une autre, estiment avoir été lésées par le Canada.

Pour les politiciens populistes — les tenants de la droite politique —, le scepticisme à l’égard des accords commerciaux semble tout à fait intéressé. Cela dit, il arrive souvent que les gens fassent de bonnes choses, mais pour les mauvaises raisons. La mise en attente du traitement rapide que l’on réservait à l’AECG est un cadeau pour notre gouvernement. Les libéraux n’ont pas négocié cet accord et ils devraient saisir cette occasion pour l’examiner de plus près. Dans le même ordre d’idée, les parlementaires devraient discuter du Partenariat transpacifique avant qu’il ne soit ratifié. C’est bien le moins que l’on puisse demander. Autrement, tout le processus donnera la forte impression que l’on privilégie l’opinion aux dépens des faits probants, une façon de faire contre laquelle les Canadiens se sont prononcés en octobre dernier.