Les tiques : un sujet de préoccupation grandissant

Au Canada, les cas de maladie de Lyme augmentent, en raison de l’expansion vers le nord de l’aire de répartition des tiques à pattes noires, aussi appelées tiques du cerf, expansion elle‑même due à la hausse des températures moyennes. Ce problème, qui pouvait jadis être ignoré, car il se manifestait dans d’autres régions du Canada, oblige aujourd’hui de plus en plus de gens à penser à leur sécurité et à se protéger contre les tiques quand ils sont à l’extérieur. Lorsque même une activité aussi anodine que le jardinage devient risquée, les campagnes de santé publique qui aident les Canadiens à comprendre et à limiter les risques qu’ils courent prennent une importance cruciale.

C’est une bactérie, qui infecte habituellement des animaux, dont les oiseaux, les souris, d’autres petits rongeurs et les cerfs, qui cause la maladie de Lyme. Quand une tique pique un animal infecté, elle peut propager la bactérie à d’autres animaux, y compris des hôtes humains. Comme pour les virus de la grippe, il existe plusieurs types de maladies de Lyme, certains étant plus graves que d’autres. Outre les difficultés éprouvées par certaines personnes, la maladie de Lyme peut être difficile à diagnostiquer.

Lorsque la maladie de Lyme est dépistée rapidement, le traitement est relativement simple. Tous les cas, toutefois, ne sont pas limpides. Si une personne retire une tique toute seule, elle peut la faire analyser. Si, après la piqûre, une éruption cutanée, en forme de cible, apparaît, on part du principe qu’il s’agit d’une manifestation de la maladie de Lyme, mais ce n’est pas toujours le cas. Beaucoup de personnes ne découvrent qu’elles sont atteintes de la maladie qu’après avoir longtemps cherché à comprendre des symptômes, imitant par malheur ceux d’autres maladies. Même là, les témoignages de patients ayant fait de longs voyages pour trouver un médecin capable de diagnostiquer et de traiter la maladie de Lyme sont pléthores, tous les médecins n’étant pas formés à la dépister. Au Canada, les options thérapeutiques sont également limitées, ce qui explique que de nombreuses personnes, atteintes depuis longtemps de la maladie de Lyme, se rendent aux États‑Unis pour recevoir les soins médicaux à long terme qui, selon les médecins spécialistes de la maladie de Lyme, s’imposent.

Beaucoup de propriétaires de chiens et de chevaux savent que l’on peut facilement se procurer des vaccins contre la maladie de Lyme chez les vétérinaires, ce qui nous porte à nous demander pourquoi il n’existe pas de vaccin pour les êtres humains. En fait, un vaccin était disponible à la fin des années 1990. Le vaccin LYMErix, que la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a approuvé, est tombé en disgrâce pour un certain nombre de raisons : à la même époque, le mouvement anti-vaccination a pris de l’importance et une étude a établi un lien entre le vaccin et l’apparition d’arthrite chez les hamsters. Qui plus est, quelque temps plus tard, certains patients, qui avaient été vaccinés, se sont mis à se plaindre de douleurs articulaires et les médias ont repris la nouvelle. Ce que les articles oubliaient de dire, c’est que le LYMErix était efficace à 80 % et que la corrélation avec l’arthrite n’avait jamais fait l’objet d’une étude approfondie. Malgré l’absence de preuves, la réputation du vaccin a été ternie et les ventes ont tant baissé que le fabricant a cessé de le distribuer.

En l’absence d’un vaccin, l’obligation de protection se porte carrément sur la prévention. La bonne nouvelle, c’est que nous disposons de nombreux moyens pour limiter l’exposition aux tiques. Le simple fait de porter des chaussures peut réduire de 75 % le risque d’attraper des tiques. Autres moyens de réduire l’exposition aux tiques : rentrer le pantalon dans les bas, utiliser un insectifuge et s’inspecter complètement après avoir été à l’extérieur ou encore prendre une douche assez rapidement après s’être trouvé dans une aire d’habitation de la tique. Une tique peut se nourrir pendant 24 heures, ce qui donne en général amplement le temps de se rendre compte si on a été piqué. Si une tique vous pique, consultez un médecin et gardez, le cas échéant, la tique que vous avez retirée pour la faire analyser.

Le souci de notre sécurité est payant. Éviter de se faire piquer l’est aussi, car la tique peut transmettre un certain nombre de maladies, y compris le virus de Powassan qui peut être mortel et dont sont porteuses diverses espèces de tiques. Les gouvernements fédéral et provinciaux ont attribué des fonds à des programmes sur les tiques, dont la majorité a été affectée à l’organisation de campagnes de sensibilisation. Un vaccin compléterait avantageusement ces efforts et, compte tenu du problème grandissant que pose la maladie de Lyme, l’attribution de quelques ressources pour étudier ces options suivra peut-être.