Mettre les freins sur les boissons sucrées à forte teneur en alcool

Le Parlement a fonctionné comme il est censé le faire cette semaine, quand une motion d’urgence néo‑démocrate qui demandait au Comité de la santé d’étudier les moyens à prendre pour mieux réglementer les boissons à forte teneur en alcool, en caféine et en sucre a été adoptée. La motion a été déposée dans la foulée d’événements tragiques s’étant soldés par la mort d’une adolescente au Québec. La boisson maltée « FCKD UP », dont la teneur en alcool atteint 11,9 %, est au cœur du problème.

Athéna Gervais est l’adolescente québécoise qui a été trouvée morte dans un ruisseau trois jours après sa disparition. On soupçonne qu’une boisson sucrée à forte teneur en alcool a contribué à la tragédie. Ses amis ont déclaré qu’elle avait consommé des cannettes volées de boisson FCKD UP à l’heure du déjeuner et qu’elle était ensuite disparue, de toute évidence en état d’ébriété. C’est la dernière fois qu’ils l’ont vue. Elle n’est pas revenue à l’école, et l’on a trouvé son corps plusieurs jours plus tard. 

Ce décès a entraîné toute une série de mesures : par exemple, le gouvernement du Québec a interdit la vente de boissons maltées prémélangées contenant plus de 7 % d’alcool depuis n’importe quel endroit autre que les magasins de la SAQ, c.-à-d. la Société des alcools du Québec. Auparavant, les boissons en question étaient facilement accessibles dans les dépanneurs, là où les mesures de sécurité sont beaucoup moins rigoureuses que dans les débits de la SAQ.

En vertu de la motion adoptée cette semaine, le Comité de la santé mènera d’urgence une étude pour établir comment Santé Canada pourrait mieux réglementer les boissons à forte teneur en alcool, en caféine et en sucre. C’est là une situation où le Parlement espère agir rapidement; la Chambre s’attend à recevoir les recommandations du Comité d’ici juin 2018 au plus tard. Les députés qui appuient la motion estiment qu’il n’y a pas de temps à perdre.

Les distributeurs de ces boissons visent clairement les jeunes de sorte qu’à moins d’une réglementation, d’autres tragédies risquent de toute évidence de se produire. C’est pourquoi les néo‑démocrates ont écrit à la ministre de la Santé pour lui demander de limiter la teneur en alcool maximale autorisée de ces boissons, de réduire la taille des cannettes et d’apposer des étiquettes d’avertissement sur celles-ci au sujet des dangers qu’il y a à mélanger l’alcool, la caféine et le sucre.

Il semble que la volonté d’agir en ce sens soit présente. Parallèlement, au moment où le Comité de la santé adoptait la motion, Santé Canada a annoncé qu’il proposera la tenue de consultations pour apporter des changements au Règlement sur les aliments et drogues en y restreignant la quantité d’alcool autorisée dans les boissons énergisantes édulcorées. La proposition limitera la taille des contenants, la quantité de sucre et d’édulcorant artificiel mise dans les boissons et la teneur en alcool des contenants-portion non refermables.

Le père d’Athéna Gervais s’est rendu à Ottawa pour exhorter le Comité à agir, et il a parlé au nom de nombreux autres parents qui s’inquiètent de la popularité de ces boissons auprès des adolescents. Sa présence a renforcé l’idée que nous ne pouvons nous permettre d’attendre des années pour réglementer les produits dont les distributeurs visent de toute évidence les jeunes et qui contiennent suffisamment d’alcool pour causer de graves torts. La triste vérité est que toute cette suite d’événements résulte d’une tragédie qui aurait pu être évitée. Le Parlement fera son travail pour empêcher que ces boissons fassent aussi facilement d’autres victimes chez les jeunes.