On dramatise la question des demandeurs d’asile

La semaine dernière, le gouvernement a nommé un nouveau ministre pour s’occuper des demandeurs d’asile en provenance des États-Unis. Plusieurs disent que cela ne réglera en rien les problèmes et que nous devrions revoir l’Entente sur les tiers pays sûrs que nous avons conclue avec nos voisins américains. D’autres voient dans la nomination de ce ministre une tentative de faire taire les critiques de droite selon lesquels croient que les demandeurs d’asile qui franchissent la frontière viennent ici illégalement pour prendre nos emplois. Une chose est claire : les politiques d’immigration, et par extension celles qui touchent les demandeurs d’asile, constituent un enjeu déterminant de notre époque. Très souvent, on s’en sert comme pomme de discorde, ce qui est malheureux pour la majorité des gens qui ont des opinions modérées sur la plupart des questions et à l’égard des réfugiés eux-mêmes.

Malgré cela, beaucoup de politiciens exploitent la situation pour que les gens aient peur pour leurs emplois, craignent de perdre leur identité et pensent qu’un pays riche comme le Canada finisse par être ruiné à force d’aider tous ceux qui fuient des régimes oppressifs et violents. Ces mêmes politiciens n’ont souvent pas grand-chose à dire sur les causes profondes de la précarité de l’emploi, de la diminution des recettes fiscales attribuable à des décennies de réduction de l’impôt des sociétés ou sur les raisons pour lesquelles les gens considèrent que leur situation économique stagne. Ils préfèrent dire à qui veut les entendre que des demandeurs d’asile entrent au Canada de manière illégitime et veulent occuper nos emplois. Ils oublient que nous nous sommes dotés d’un processus bien établi pour déterminer si quelqu’un qui arrive chez nous après avoir fui son pays mérite qu’on lui accorde l’asile.

Ce qui a compliqué la situation, c’est le climat qui règne aux États-Unis et l’idée voulant que les gens qui arrivent ici ne soient que des migrants économiques. Dans bien des cas, ces migrants viennent de pays d’Amérique centrale où la politique étrangère américaine a appuyé les régimes autoritaires et violents que les gens sont en train de fuir.

Au Canada, quiconque fait une demande d’asile ou de statut de réfugié doit passer par un processus légitime permettant de déterminer si sa demande sera acceptée ou non. Qui plus est, des études menées sur le long terme ont révélé que la plupart des réfugiés ont un effet positif sur notre économie et deviennent des membres actifs de notre société et des créateurs d’emplois.

Mais il y a souvent peu de place pour les faits quand l’émotion l’emporte sur la raison, et nous avons pu observer à maintes reprises que les politiques américaines teinteront toujours nos propres débats. À de nombreux égards, le gouvernement actuel n’était pas préparé aux positions politiques extrêmes de Donald Trump, mais cela ne signifie pas pour autant qu’on ne peut pas s’ajuster. Les néo-démocrates invitent le gouvernement à se rendre à l’évidence que les demandeurs d’asile ne seront jamais en sécurité aux États-Unis sous l’actuelle administration.

Ils estiment que le gouvernement a été lent à critiquer les politiques américaines sur l’immigration, notamment l’interdiction d’entrer aux États-Unis visant les musulmans et la politique de séparation par la force des parents demandeurs d’asile de leurs enfants. Les néo-démocrates ont aussi réclamé sans relâche le financement adéquat des services d’immigration et la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs qui oblige les demandeurs d’asile à traverser la frontière de manière dangereuse. Le processus que ces personnes devront suivre une fois au Canada restera le même. Tant que le gouvernement ne s’ajustera pas, nous continuerons d’être pris au dépourvu et d’alimenter un dangereux débat qui élude d’autres questions importantes touchant la vie de bien des Canadiens.