Quelque chose à se mettre sous la dent…

On dit qu’il faut juger l’arbre à ses fruits, et tout indique que les Canadiens tiennent bel et bien compte des recommandations du Guide alimentaire canadien. Mais peut-on conclure que c’est précisément pour cette raison que l’on assiste à une augmentation soutenue du taux d’obésité? C’est une question d’importance névralgique étant donné la publication de nouvelles études sur les effets du sucre et des gras trans. Le temps est-il venu de revoir le Guide alimentaire canadien?

Cela ne manquera pas d’en surprendre certains, puisque cette publication figurant des représentations colorées des différents groupes alimentaires et des portions recommandées est le document gouvernemental le plus demandé après les sombres formulaires de déclaration de revenus. Or, certaines personnes affirment que ce guide qui devrait nous abreuver de bons conseils sur la façon de se nourrir sainement et d’être en santé nous aiguille peut-être sur la mauvaise voie.

Un nombre croissant d’études trouvent des défauts aux enseignements du Guide alimentaire, notamment en ce qui concerne le lien entre les matières grasses et les maladies du cœur. Certains chercheurs affirment que le problème n’est pas la quantité de matières grasses consommée, mais bien leur nature. Les gras trans contribuent aux maladies cardiovasculaires, alors que ce n’est pas le cas des gras saturés ou insaturés. En fait, les gras insaturés pourraient avoir l’effet contraire, et certaines recherches suggèrent qu’ils pourraient réduire les risques de développer des maladies de ce type. Par ailleurs, il se peut aussi que cela n’ait rien à voir avec les matières grasses.

La Fondation des maladies du cœur du Canada est d’avis que c’est le sucre ajouté aux produits que nous consommons qui contribue à l’augmentation des maladies du cœur, de l’obésité, des cas de diabète et de nombreux autres problèmes de santé. En outre, il a été constaté que les produits laitiers ne présentaient aucun avantage ou aucun risque pour la santé des humains et que nous ne devrions pas être encouragés ou dissuadés d’en consommer.

Après tout, comme le Guide alimentaire canadien considère qu’un verre de jus de fruit équivaut à une portion de vrai fruit — ou qu’une portion de viande froide est l’égal d’une poitrine de poulet —, force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas du modèle le plus à jour qui soit. Cela ne surprendra personne : une tasse de céréales sucrées n’est pas exactement la même chose qu’une portion de grains entiers. Une étude a établi que le légume le plus consommé au Canada est la pomme de terre, mais ce que le Guide alimentaire semble mettre de côté dans l’équation, c’est le mode de cuisson de la majorité des pommes de terre que nous mangeons (et il ne s’agit pas d’une simple cuisson au four!).

Pour établir la valeur calorique ou la taille des portions de divers aliments, le Guide alimentaire canadien se sert du Fichier canadien des éléments nutritifs de 1997. Or, étant donné l’arrivée des modifications génétiques et l’amélioration des techniques de production agricole et alimentaire, il ne fait plus de doute que bien des choses ont changé au cours des deux dernières décennies. Les fruits et les légumes ordinaires sont beaucoup plus gros qu’ils ne l’étaient il y a 20 ans. Cela signifie que les portions recommandées sont peut-être beaucoup plus grosses qu’elles le devraient. Il faudrait probablement aussi tenir compte du fait que la portion de viande suggérée est à peu près de la taille d’un jeu de cartes, mais que la plupart des gens en mettent environ trois fois plus que cela dans leur assiette.

En moyenne, une nouvelle version du Guide alimentaire canadien paraît tous les huit ans. Comme la dernière version date de 2007, nous approchons la marque des dix ans et nous sommes conscients qu’une refonte en profondeur n’a que trop tardé. Nos voisins du Sud remanient leur guide alimentaire tous les cinq ans, et c’est sans doute un exemple que nous devrions suivre.