Sommes-nous les cobayes des fabricants de cosmétiques?

Les fabricants de cosmétiques forment une industrie d’un milliard de dollars au Canada. Que ce soit sous forme de lotion, de crème, de parfum ou de maquillage, on trouve des cosmétiques dans tous les foyers. Chaque matin, nous sortons du lit, nous déjeunons et nous nous préparons pour la journée, et il y a fort à parier que cette préparation comprend l’utilisation d’un produit cosmétique.

Comme cette industrie joue un très grand rôle dans nos vies, on pourrait s’attendre à ce qu’elle soit réglementée. Après tout, chaque jour, nous comptons sur l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour veiller à ce que la viande, les fruits et les légumes que nous consommons ne contiennent ni bactéries dangereuses ni agents de conservation chimiques. On peut donc s’attendre, au même titre, à ce que Santé Canada s’assure que les produits qui entrent en contact avec notre peau ne contiennent pas d’allergènes courants ou d’éléments pouvant être cancérogènes.

Tout irait bien dans le meilleur des mondes si c’était ainsi que les choses se passaient. Or, ce n’est pas le cas : selon un nouveau rapport du vérificateur général, Santé Canada néglige cet aspect de son travail. En fait, sa négligence est telle que les fabricants de cosmétiques se contentent d’utiliser des mots comme  « saveur », « arôme » ou « fragrance » dans leurs listes d’ingrédients. Impossible de savoir de quoi sont faits ces saveurs, ces arômes ou ces fragrances.

Ce manque de précision et de réglementation protège les entreprises, qui n’ont pas à dévoiler les ingrédients secrets dont ils se servent pour se tailler une place sur le marché. La protection des secrets industriels ne devrait pourtant pas être plus importante que la protection des consommateurs, qui pourraient être exposés à des substances dangereuses. Par exemple, les métaux lourds peuvent causer des réactions allergiques, de l’asthme, et accroître le risque de cancer.

Ce n’est pas tout : selon le rapport, Santé Canada, qui est régi par la Loi sur les aliments et les drogues, ne met pas à l’essai les produits sur une base régulière, ne vérifie pas les étiquettes, et n’a pas même de méthode établie pour procéder au rappel de lotions, de maquillage ou de parfums contenant des toxines connues. Il est donc possible que les produits cosmétiques en vente sur les tablettes des magasins ne soient pas sécuritaires.

Non seulement ces produits pourraient ne pas être sécuritaires, mais ils pourraient être assortis d’affirmations trompeuses. En effet, le rapport révèle que certains produits cosmétiques dits sans odeur, sans parfum ou hypoallergènes contiennent en réalité des produits chimiques visant à masquer leur propre odeur. Santé Canada ne peut rien contre ces déclarations mensongères : il ne peut prendre des mesures que si l’entreprise fait une fausse déclaration quant à la sécurité du produit directement sur l’emballage. Ainsi, les fabricants de cosmétiques ont parfaitement le droit d’écrire ce qu’ils souhaitent.

Même si Santé Canada affirme prendre des mesures, notamment en créant une base de données protégée où les entreprises peuvent fournir la liste des ingrédients de leurs produits sans que qui que ce soit puisse voler leur recette secrète, il n’en demeure pas moins que les entreprises devraient être soumises à une plus grande rigueur. Une base de données protégée ne constitue pas une mesure suffisante et ne permettra pas de corriger les lacunes en ce qui concerne les essais des produits ou de mettre fin aux allégations trompeuses. Certes, Santé Canada peut voir la liste des ingrédients, mais il est primordial que les consommateurs y aient aussi accès. Santé Canada s'enfarge dans les tracasseries administratives et cela l'empêche de faire son travail le plus important : protéger les Canadiens.