Une répétition de l’élection américaine impossible au Canada? Détrompez-vous!

Le résultat de l’une des élections les plus mémorables de l’histoire américaine récente a fait couler beaucoup d’encre. Les Canadiens se disent surtout surpris de voir que Donald Trump ait réussi à remporter l’élection. Même si le résultat est étonnant, car les sondages annonçaient la victoire imminente de Clinton, il convient de noter que le progrès ne se fait pas toujours de façon linéaire, comme certaines personnes le pensent. De plus, le résultat montre l’importance d’aborder les enjeux chers à la population, ce que les démocrates ont eu du mal à faire durant la campagne.

Alors que le résultat tombait, plusieurs médias sociaux accusaient de racisme et de sexisme ceux qui ont voté pour Trump. Il est trop facile d’insinuer que ces deux phénomènes expliquent la victoire de Trump, malgré leur poids dans l’élection. Cette explication ne tient pas compte du rôle joué par la campagne démocrate, alors qu’elle a joué un rôle primordial. 

Un aspect unique de l’électorat américain est que peu de gens sont des électeurs indépendants ou versatiles. La plupart du temps, la victoire est déjà assurée dans de nombreux États, et l’élection est remportée en renversant la vapeur dans une poignée d’États. Dans les États formant la « rust belt » des États-Unis qui ont permis à Obama de remporter deux élections, Clinton ne faisait pas l’unanimité lors des primaires démocrates. L’élection était peut-être perdue d’avance aussitôt que le parti s’est démené pour faire échouer la nomination de Bernie Sanders comme candidat démocrate. 

La popularité de Bernie Sanders dans la région était attribuable à sa capacité à parler avec la classe ouvrière de leur situation dans l’ère post-libre-échange, un sujet que Donald Trump a aussi réussi à exploiter. Les solutions proposées revêtaient moins d’importance que le sentiment d’écoute éprouvé par les électeurs. À l’évidence, Hillary Clinton n’a pas été en mesure d’établir un tel lien avec ces électeurs, et sa campagne a fait le pari risqué de croire que ces États demeureraient démocrates.

Il faut aussi tenir compte du rôle des médias dans cette campagne électorale. Si vous ouvrez votre compte Facebook, vous constaterez que votre fil d’actualité est conçu pour vous montrer des éléments susceptibles de vous intéresser. Ajoutez à cela que vos amis partagent probablement vos croyances et vos valeurs, et il est évident que peu d’entre nous sommes confrontés à des gens qui ne pensent pas comme nous. Dans cette chambre d’écho, il devient facile d’adopter un même point de vue sans penser qu’une personne pourrait légitimement avoir une opinion différente. Le débat est limité, et les différences sociales s’accentuent.  

La célébrité a aussi joué un rôle important, tout comme dans notre dernière campagne électorale. Donald Trump avait déjà saturé les médias américains bien avant de se lancer en politique. Il avait déjà une marque, et lorsqu’il faisait des déclarations scandaleuses pendant la campagne, on considérait que c’était normal venant de Donald. Les médias ne faisaient que rapporter les incidents sans aller plus loin et sans mettre en question ses réflexions sur les politiques. Le phénomène de « l’infodivertissement » influe beaucoup sur le déclin des nouvelles d’actualité, et, ultimement, nous en sommes devenus perdants.

La montée de Donald Trump est alarmante à bien des égards, particulièrement pour les Canadiens qui croient une telle chose impossible ici. C’est totalement faux. Si nous voulions vraiment nous protéger d’une telle éventualité, nous devrions prendre le temps d’écouter ceux aux opinions divergentes et discuter de notre parcours commun, qui est bien plus important que nos différences.