Canada's NDP

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7 février 2020

Le gouvernement continue d’aider les riches entreprises

Pourquoi les gouvernements sont-ils si déterminés à aider les entreprises rentables? Netflix ne paie pas d’impôts au Canada? On n’y voit aucun inconvénient, et on lui a proposé une entente de faveur, aux termes de laquelle l’entreprise s’est engagée à produire une maigre quantité de contenu ici, ce qui lui coûte bien moins cher que les impôts qu’elle aurait dû payer. Des villes d’Amérique du Nord se sont empressées d’offrir des réductions d’impôts et d’autres mesures incitatives quand Amazon cherchait un endroit pour construire un nouveau siège social. Au Canada, la ville d’Ottawa a donné un coup de pouce de 800 000 $ à Amazon uniquement pour la construction d’un entrepôt en périphérie de la ville. Le phénomène se répète sans cesse, ce qui montre que les gouvernements, à tous les échelons, sont disposés à subventionner des entreprises parasites.

Dans cette optique, il n’est pas très surprenant d’apprendre que le gouvernement a accordé une subvention de 50 millions de dollars qui a aidé MasterCard à décider que Vancouver est le meilleur endroit pour établir un nouveau centre de cybersécurité. Le gouvernement a vite défendu ses actions, affirmant que le projet s’inscrit dans le cadre du Fonds stratégique pour l’innovation. Ceux qui critiquent cette décision se souviennent qu’un don de 12 millions de dollars fait à Loblaws s’inscrivait parfaitement dans le plan climatique du gouvernement, même s’il était évident que cette société avait la capacité de remplacer elle-même ses congélateurs inefficaces. Cette somme a aussi été accordée tout juste après un procès ayant montré que Loblaws avait escroqué les Canadiens relativement au prix du pain pendant des années.

Le gouvernement prétend également que son investissement est axé sur la création d’emplois. Il affirme que MasterCard créera des centaines d’emplois en Colombie-Britannique et dans tout le pays grâce à celui-ci. Ces arguments vagues sont surtout de beaux discours. En effet, si cette subvention donne lieu à la création d’exactement 200 emplois, cela veut dire qu’ils auront coûté un quart de million de dollars chacun! C’est un investissement extrêmement coûteux de la part du même gouvernement qui n’arrive pas à trouver quelques millions de dollars pour les services ferroviaires de passagers afin de soutenir une économie touristique de 50 millions de dollars dans la circonscription d’Algoma. On semble faire une distinction en fonction de la portée de la demande et du prestige de ceux qui la formulent. D’un côté, il y a les lobbyistes et les initiés des entreprises, qui n’ont jamais de mal à avoir accès aux décideurs à Ottawa; de l’autre, il y a une Première nation travaillant avec les groupes de promotion du tourisme et de défense des intérêts.

La population est souvent invitée à payer la note pour les grands projets. On n’a qu’à penser au nombre de villes qui construisent des arénas pour des équipes sportives professionnelles. Cette pratique se poursuit, même si des études indiquent que ces investissements ne créent pas assez d’emplois pour justifier le recours à des ressources qui pourraient être mieux utilisées dans des projets profitant à plus de gens. L’argument de la fierté civique est fallacieux, car les émotions ne paient pas la facture des projets d’infrastructure et de renforcement des capacités. En outre, de nombreux investissements dans les arénas sont effectués après que les équipes propriétaires eurent exercé ce qui ne peut être décrit que comme du chantage. C’est ce que la ville de Calgary vient de vivre avec son équipe de hockey.

En ce qui a trait au gouvernement fédéral, l’argument de l’emploi peut se retourner contre lui. Pourquoi devrions-nous investir dans des entreprises qui réalisent régulièrement des milliards de dollars de profits, alors que nos petites et moyennes entreprises sont laissées à elles-mêmes, même si elles ont la réputation bien méritée d’être de véritables créatrices d’emplois ? Master Card a réalisé des profits de 16 milliards de dollars l’an dernier seulement. Loblaws est la propriété de la famille Weston, qui fait partie des Canadiens les plus riches. Ce ne sont pas des entreprises qui ont de la difficulté à dégager des profits, mais elles reçoivent pourtant de grandes sommes, puisées dans l’argent durement gagné des contribuables.

La notion de socialisme pour les riches et d’individualisme farouche pour les pauvres (et presque tous les autres) existe depuis le début des années 1960, mais la pratique s’est récemment accélérée au Canada. MasterCard n’est que le dernier exemple d’une entreprise à qui l’on donne de l’argent pour qu’elle puisse faire ce qu’elle allait faire de toute façon. Il ne fait aucun doute que cette entreprise a dû investir dans la cybersécurité pour protéger ses activités. Le génie, c’est qu’elle a réussi à faire payer une grande partie de cette facture aux Canadiens ordinaires.