Canada's NDP

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31 janvier 2020

Le mystère de la classe moyenne

Les chiffres peuvent sembler peu élevées, et les écarts, encore moins, mais le fait que ce sont de hauts salariés qui vont bénéficier le plus de la dernière réduction d’impôt pour la « classe moyenne » est inquiétant. Et découvrir que cette baisse d’impôt coûtera des milliards de dollars de plus que ce que le gouvernement avait annoncé au moment de l’instaurer l’est encore plus. C’est le directeur parlementaire du budget (DPB) qui nous l’apprend dans le rapport qu’il a publié cette semaine, où il dévoile les détails de l’allègement fiscal que le gouvernement a fait approuver par le Parlement avant la nouvelle année.

Au‑delà des chiffres, une chose ressort clairement : le gouvernement tient beaucoup à l’idée de « classe moyenne » même s’il peine à définir exactement qui, dans la population, en fait partie. Étant donné toutes les tranches de revenus visées par la baisse d’impôt, on pourrait croire que le gouvernement considère la plupart des contribuables comme faisant partie de la classe moyenne. Quand on pense que les personnes qui gagnent jusqu’à 227 500 $ par année sont plus avantagées par les mesures d’allègement fiscal que celles qui en gagnent 51 000 $, on comprend aisément que le gouvernement n’accorde pas cette baisse d’impôt dans le cadre d’un exercice ciblé.

Si vous avez écouté une bonne partie des délibérations de la législature précédente, vous vous rappellerez probablement avoir entendu les députés ministériels répéter l’expression « la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie ». Maintenant, pour montrer qu’ils tiennent encore plus à l’idée de classe moyenne, ils ont créé un poste de ministre de la Prospérité de la classe moyenne. Cette semaine, quand la ministre a été invitée à définir la classe moyenne, elle a eu beaucoup de mal à répondre, reconnaissant que le Canada n’a pas établi de critères officiels pour mesurer qui fait partie ou non de la classe moyenne. À l’évidence, il est grandement souhaitable d’en faire partie.

Et le gouvernement en est bien conscient. C’est pour cette raison qu’il est prêt à se servir d’une baisse d’impôt pour faire croire aux contribuables qu’ils font partie de la classe moyenne. Mais il ne peut s’empêcher d’étendre cette mesure jusqu’au haut de la chaîne fiscale, à ceux qui sont peut‑être beaucoup plus aisés que d’autres qui s’en tirent avec un revenu près de cinq fois moins élevé. Ceux qui se trouvent dans le niveau supérieur de ce groupe cible recevront également davantage que ceux au niveau inférieur. L’idée d’une baisse d’impôt était peut‑être plus importante que son application concrète, et c’est ce qui fait qu’elle devient coûteuse.

Selon le rapport du directeur parlementaire du budget, la réduction d’impôt coûtera au Trésor public 2 milliards de dollars de plus que prévu sur cinq ans, et c’est l’empressement avec lequel le gouvernement a agi lorsqu’il a présenté la mesure au Parlement qui est en cause. Il reste maintenant à voir si le gouvernement rajustera sa baisse pour compenser une partie des pertes de recettes.

Le Canada engage des dépenses déficitaires pour maintenir les programmes et les services dont la population a besoin. Or, l’effritement constant de l’assiette fiscale ne va pas régler le problème. À défaut d’avoir une source de recettes raisonnable, il faudra faire des choix qui pourraient coûter beaucoup plus cher au bout du compte que ce que pourraient générer en retombées quelques centaines de dollars en allègements fiscaux. L’idée selon laquelle les impôts sont un problème est incompatible avec de gros programmes comme un régime d’assurance‑maladie à payeur unique. Les politiciens minimisent souvent ces arguments lorsqu’ils agissent à la va‑vite pour impressionner la population avec des baisses d’impôt.

Étant donné le vieillissement de la population et le nombre grandissant d’emplois précaires qui sera le lot de la jeune génération – des emplois souvent mal rémunérés, qui offrent peu de sécurité et ne sont assortis d’aucuns avantages sociaux –, la perte du système universel de soins de santé serait une catastrophe. Il suffit d’observer ce qui se produit au sud de la frontière, où bien des Américains, incapables de payer leur facture médiale, sont acculés à la faillite, pour comprendre où cela pourrait nous mener. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’idée d’alléger le fardeau fiscal des contribuables à faible revenu, mais plutôt de rappeler que les mieux nantis bénéficient beaucoup plus de programmes et de services robustes que de baisses d’impôt mineures qui, au bout du compte, coûtent très cher.