Canada's NDP

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21 février 2020

Les manifestations des Autochtones auraient pu être évitées

Depuis près d’une décennie, le Canada s’engage dans des exercices importants ayant pour but de créer des liens plus solides avec les communautés autochtones. Les excuses officielles au sujet des pensionnats indiens, la Commission de vérité et réconciliation, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées semblent indiquer que beaucoup de progrès ont été réalisés en peu de temps, alors qu’il ne s’agit que des premières étapes d’un long cheminement pour mieux comprendre des centaines d’années d’histoire coloniale. À l’heure actuelle, où des trains sont paralysés et des infrastructures essentielles bloquées, nous sommes à un moment charnière. Il est alors pertinent de se demander ce que le gouvernement veut vraiment dire lorsqu’il parle de réconciliation ou qu’il déclare qu’il n’y a pas de relations plus importantes que celles entre la Couronne et les peuples autochtones.

Pendant que la tension monte, les politiciens à la ligne dure invoquent la « primauté du droit » et pressent le gouvernement de faire intervenir la GRC – ce qu’il n’a même pas les pouvoirs de faire. La frustration des gens est bien réelle et ne peut certes pas être rejetée du revers de la main, mais il faut aussi voir que les propos tenus par ces politiciens relèvent de l’opportunisme et sèment la discorde. Au lieu de s’intéresser au message exprimé, à savoir que l’écart entre ce que dit le gouvernement et ce qu’il fait est trop grand, ces politiciens réduisent les militants à de simples acteurs marginaux n’ayant aucune légitimité.

Il ne faut surtout pas oublier que, si les arrestations pouvaient régler le problème, nous n’en serions pas là. À deux reprises, la GRC a expulsé des militants du territoire des Wet’suwet’en, mais les manifestations, alimentées par d’autres militants solidaires, n’ont fait que se poursuivre. À bien des égards, l’histoire des Wet’suwet’en se répète.

En effet, il y a à peine 100 ans, la GRC et les agents des affaires indiennes ont arraché des familles Wet’suwet’en de leurs terres ancestrales. C’est ce que les grands-parents de bien des membres de la communauté ont vécu. Ces mêmes gens voient maintenant la GRC arrêter des dizaines de personnes pour appliquer une injonction de Coastal GasLink afin que celle-ci puisse faire passer un gazoduc transportant du gaz naturel liquéfié sur leurs terres, des terres pour lesquelles ils ont dû se battre devant le plus haut tribunal du pays.

Le problème vient notamment du fossé qui s’est creusé parce que la Couronne a toujours traité les rapports avec les peuples autochtones comme une transaction. Elle a imposé aux communautés des structures autochtones de gouvernance, comme les conseils de bande, dans le but d’instaurer un système qui place le commerce au cœur des rapports avec la Couronne. Il est peut-être temps de croire les Autochtones lorsqu’ils nous disent que c’est ainsi que les choses se passent. C’est entre autres pour cette raison que les objections des chefs héréditaires ont tant de poids dans l’impasse Coastal GasLink. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Ce sont ces mêmes chefs héréditaires qui se sont battus jusqu’en Cour suprême pour faire reconnaître leurs droits sur les terres qu’ils occupent depuis des millénaires. La Cour leur a donné raison et elle a créé en précédent en concluant que le gouvernement fédéral avait « l’obligation morale, sinon légale, d’entreprendre et de mener ces négociations de bonne foi » à propos de leurs droits autochtones. Ce qu’il faut comprendre de cette décision, c’est que les chefs héréditaires sont un organe décisionnel légitime pour les Autochtones ne vivant pas dans les réserves.

Les politiciens frustrés par les événements affirment aujourd’hui que cet organe décisionnel traditionnel n’est pas légitime. Certains les accusent d’arriver un peu tard, mais ces objections remontent à bien avant le début de la présente crise. La légitimité de ces chefs a commencé à être mise en doute après le rejet, par la société, des solutions de rechange que ces chefs avaient proposées. Depuis le début, le gouvernement pêche par son inaction, et ce, quel que soit le parti au pouvoir.

Ce dossier relève en bonne partie du provincial, mais il est indéniable que le gouvernement fédéral a exacerbé le problème. La décision de la Cour suprême remonte à plus d’une vingtaine d’années et les gouvernements successifs n’ont pas même entrepris la tâche difficile qui consiste à respecter les droits des Wet’suwet’en, à les reconnaître et à les affirmer.

À une époque de frustrations autochtones où le Canada apprend à admettre, à réparer et à dépasser son histoire coloniale, les événements qui se déroulent en Colombie-Britannique ont provoqué la réaction en chaîne dont nous sommes témoins aujourd’hui. Le cas des voies ferrées bloquées près de Belleville prédomine, mais il y en a eu d’autres. La frustration découle en partie des interventions policières en Colombie-Britannique, qui risquent de compromettre les chances d’arriver à une véritable réconciliation.

Toutefois, cette frustration découle surtout du fait que, malgré toutes les paroles annonçant un changement dans les relations entre la Couronne et les peuples autochtones, très peu de choses ont changé. Le dialogue et les mesures positives seront les seuls moyens de faire avancer les choses. Le recours à la force brute nous fera reculer et pourrait même mettre le feu aux poudres. Les conséquences des mesures de ce genre pourraient être bien pires que ce que nous connaissons aujourd’hui. Nous sommes à un tournant et nous devons emprunter une voie qui sera garante de l’avenir. Nous devons remettre en question le statu quo et la façon dont nous faisons actuellement les choses.