Budget fédéral : le diable est dans les détails

Les Canadiens ont élu les libéraux, en octobre dernier, remplis d’espoirs fondés sur une campagne qui promettait la lune à tous les insatisfaits du mandat de Stephen Harper. Maintenant que les libéraux ont déposé leur budget, il est temps de comparer ces promesses aux mesures qui ont été présentées. Le résultat de ce budget? Un pot-pourri qui nous prendra des années à comprendre pleinement.

Des dossiers importants pour le nord de l’Ontario, comme le Cercle de feu, FedNor et le secteur forestier, ont été passés sous silence, et les engagements liés aux infrastructures sont si vagues qu’il est impossible de dire si la région en profitera. Les Premières Nations espéraient la fin de la période de vache maigre qui a marqué les années Harper; à dire franchement, toutefois, s’il a beaucoup été question des années Chrétien et Martin dans le document, le financement attendu n’est pas à la hauteur des engagements qui ont été pris il y a tout juste cinq mois.  

Manifestement, le nord de l’Ontario a besoin de toute urgence d’un programme de redynamisation économique. Le Cercle de feu est susceptible d’être avantageux pour la région, mais aux vues des exemptions répétées dont il fait l’objet dans les budgets, il semble relever davantage de la chimère que du projet porteur.  Les néo‑démocrates saluent le maintien du crédit d’impôt pour l’exploration minière, mais sans engagement à l’égard du Cercle de feu, le casse-tête demeure en grande partie non résolu. 

Les projets d’infrastructure, avec leurs retombées attestées qui renfoncent les économies régionales, sont eux aussi promesse d’activité économique. Malheureusement, le montant accordé était moindre que promis et, en l’absence de détails, il ne reste qu’à attendre de voir si cet argent sera mis à la disposition des collectivités rurales et du nord ou s’il ira uniquement aux grands centres.

En ce qui concerne les enfants des Premières Nations, je m’en remets à Cindy Blackstock, qui a tant fait pour mettre au jour et, en fait, confirmer le traitement inéquitable que subissent les enfants vivant dans les réserves. Elle affirme que le budget n’est pas à la hauteur. Certes, on ne peut que saluer le retrait du plafond de financement de 2 % qui a nui aux écoles des Premières Nations pendant 20 ans. Toutefois, il faut également prendre acte que le budget ne fait rien, contrairement à ce qui avait été promis, pour combler l’écart entre ces écoles et les autres écoles du Canada. 

L’économiste Rob Gillezeau a signé un article intéressant dans Macleans, dans lequel il écrit que le même « manque à gagner » dont les libéraux affirment avoir « hérité » et qui, selon eux, les empêche de remplir les promesses qu’ils ont faites aux enfants des Premières Nations ne les a pourtant pas empêchés d’accorder à la classe moyenne une baisse d’impôt qui profite principalement les mieux nantis de cette tranche de revenu.

À l’heure actuelle, 850 000 Canadiens sont sans emploi, et seuls 50 000 d’entre eux sont admissibles à l’assurance-emploi. On se serait attendu à ce que l’assurance-emploi ait un rôle beaucoup plus important dans le budget afin de redresser la situation. Ce n’est pas le cas. Hormis l’ajout de quelques semaines supplémentaires pour les prestataires des régions décimées par les pertes d’emplois, le budget fait peu pour aider un plus grand nombre de Canadiens à recevoir leurs prestations. Plutôt, il maintient la pratique qui consiste à piller la caisse pour payer d’autres dépenses gouvernementales; il joue avec  7 milliards de dollars de cotisations au cours des trois prochaines années au lieu d’aider les 800 000 Canadiens qui comptent sur cet argent au moment où ils en ont le plus besoin.

Il y aurait bien d’autres choses à dire à propos du budget. D’ailleurs, c’est le cas de tous les budgets étant donné qu’ils sont le cadre qui définit une année parlementaire. Nous en saurons plus sur ses écueils et ses réussites au cours de l’année qui s’annonce.