Il est encore temps de donner un sens aux réductions d’impôt pour la classe moyenne

Si Stephen Harper avait adopté un plan fiscal qui n’offre aucun allègement à plus de la moitié du pays et qui ne profite qu’à ceux qui sont déjà riches, il aurait été fustigé dans la presse et dans les cafés partout au pays. Mais Justin Trudeau obtiendra-t-il l’absolution pour l’avoir fait? C’est une question à laquelle nous obtiendrons bientôt une réponse, étant donné qu’une étude du directeur parlementaire du budget (DPB) vient de confirmer ce que disait la critique à propos du véritable fonctionnement de l’allègement fiscal pour la « classe moyenne ».

Au cours du bref débat qui a eu lieu au Parlement avant la nouvelle année, les néo-démocrates ont proposé un amendement qui aurait profité à deux fois plus de Canadiens, mais le nouveau gouvernement a voté contre. Maintenant que le DPB confirme que la plupart des Canadiens n’obtiendront absolument aucun avantage de cette mesure, le gouvernement sera-t-il disposé à y apporter des changements? L’étude démontre que les avantages du plan libéral touchent essentiellement les salariés de la tranche des 30 % supérieurs, et que la plus grande partie de l’argent ira aux 10 % les plus riches. Ainsi, ceux qui gagnent 200 000 $ obtiendront le montant maximum en vertu du plan libéral.

Lorsque le gouvernement était dans l’opposition, ce que disait le DPB était parole d’évangile. Il sera intéressant de voir ce qu’il fera du premier rapport défavorable en provenance de ce bureau. Les Canadiens espèrent sincèrement qu’il prendra la critique au sérieux. Comme je l’ai déjà dit, la volonté du gouvernement à examiner l’iniquité du régime fiscal est une chose positive, mais on ne peut se limiter aux mesures qui profitent aux mieux nantis de la classe moyenne.

Les néo-démocrates, qui ont vu la faille dans le plan, ont trouvé une façon de s’attaquer à l’iniquité de façon plus large. Mais même cette solution ne ferait qu’effleurer un problème beaucoup plus vaste. Maintenant, alors qu’une reprise de l’inflation s’annonce et menace de grever le budget des ménages, que les marchés internationaux sont de plus en plus déstabilisés et que le dollar est faible, nous devons tous espérer que le gouvernement n’utilisera pas les mauvaises nouvelles pour justifier l’inaction.

Le coût de la vie augmente brutalement. Au moment d’écrire ces lignes, cinq têtes de chou-fleur coûtent plus cher qu’un baril de pétrole. Les gens sont sensibles aux mesures incitatives, mais rien n’incite à un mode de vie sain quand le prix des fruits et des légumes monte en flèche et compromet le budget des Canadiens à faible revenu. Si l’on tient également compte du fait que le faible prix du pétrole brut, à la source du déclin de notre situation économique, ne se traduit pas dans les prix à la pompe pour les consommateurs, il devient évident que ceux qui peinent à joindre les deux bouts ne profitent d’absolument aucun des allègements.

Les modifications que le NPD a proposées d’apporter au plan auraient profité à deux fois plus de Canadiens et auraient permis de dégager des fonds pour les Canadiens des classes ouvrière et moyenne, qui de nos jours se serrent la ceinture. Le gouvernement devrait aussi examiner notre proposition visant à contrebalancer les revenus par une légère augmentation du taux d’imposition des sociétés. Une légère augmentation assure le maintien de notre avantage concurrentiel et permet aux entités qui obtiennent des avantages du Canada de contribuer un peu plus à son bien-être. La bonne nouvelle est qu’il n’est pas trop tard pour que le gouvernement fasse ce qui est juste et mette en œuvre la proposition d’équité fiscale des néo-démocrates.