L’argent coule à flots pour des projets pétroliers

Des projets pétroliers font encore les manchettes. Le premier concerne un projet d’exploitation pétrolière, tandis que l’autre se veut la suite d’un dossier que nous suivons depuis des mois. Dans les deux cas, ces projets montrent à quel point des sommes énormes sont disponibles pour soutenir cette industrie, alors que les fonds stagnent pour les initiatives visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Nous avons entendu récemment que des vagues de chaleur historiques pulvérisent les anciens records et tuent des gens, ce qui montre que les effets dévastateurs des changements climatiques sont de plus en plus courants; cela nous pousse à nous demander si nos priorités en matière d’énergie ne seraient pas mal avisées ou si elles empirent même les choses.

Terre-Neuve a annoncé en grande pompe qu’elle a signé une entente avec Equinor Canada pour la réalisation d’un projet pétrolier extracôtier pour exploiter le gisement de la baie du Nord. On s’attend à ce que le projet commence à produire du pétrole d’ici 2025, et les coûts d’exploitation sont évalués à 10,9 milliards de dollars. Le gisement se situe à environ 500 km à l’est de St. John’s et a plus de 1 100 m de profondeur.

Parallèlement, nous venons de passer le délai que s’était fixé le gouvernement pour trouver un autre acheteur pour l’oléoduc de Trans Mountain. Cela signifie que le Canada deviendra propriétaire de l’oléoduc et assumera tous les risques liés à ce vieil oléoduc de 65 ans qui fuit. Le gouvernement soutient que des groupes se bousculent pour acheter cet oléoduc, mais tous ceux qui ont déjà vendu une voiture usagée savent que les visiteurs peu sérieux ne se transforment pas toujours en acheteurs. Cela signifiera peut-être que le Canada devra vendre à perte l’oléoduc ou se retrouver propriétaire de l’oléoduc et devoir en assumer l’entretien plus longtemps qu’il l’avait prévu.

Il y a une autre ombre au tableau au sud de la frontière. Aux États-Unis, l’approbation définitive de la vente de l’oléoduc de Trans Mountain est scrutée pour en examiner les conséquences sur le plan de la sécurité. Dans un article de CBC News, on peut lire que la convention d’achat inclut une stipulation voulant que la conclusion de la transaction dépende de l’obtention du feu vert de la part du Comité sur les investissements étrangers (CFIUS) aux États-Unis.

La transaction fera l’objet d’un examen parce que l’acquisition de l’oléoduc de Trans Mountain inclut aussi l’oléoduc Puget Sound, qui achemine du pétrole brut d’Abbotsford, en Colombie-Britannique, vers des raffineries de l’État de Washington. Même si cela se veut une partie relativement petite de la transaction, cela pourrait représenter un problème de taille. Le CFIUS évalue la transaction dans le cadre de la période d’examen de 30 jours, ce qui pourrait mener à une enquête qui prolongerait de 45 jours le processus; enfin, le Comité pourrait renvoyer le dossier au président aux fins d’approbation. Comme pour bon nombre de questions commerciales, le résultat de ce processus est loin d’être assuré, compte tenu du climat politique extrêmement tendu aux États-Unis.

Alors que l’argent coule à flots pour des projets pétroliers, nous ne pouvons pas en dire autant pour les programmes qui permettent de réduire la consommation énergétique, de générer de l’énergie verte ou de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. La nouvelle du retrait de certaines provinces de l’initiative fédérale sur la tarification du carbone suscite l’attention, mais cela fait en sorte de diminuer l’attention que nous accordons à l’annulation de programmes de rénovation domiciliaire qui rendent les maisons plus écoénergétiques ou à l’abandon de projets d’énergie propre. Le budget fédéral de 2018 n’a pas tenu la promesse de rétablir le Programme d’amélioration du rendement énergétique des maisons pour aider les Canadiens à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leurs coûts énergétiques, même si ce programme est l’un des moyens les plus rentables pour réduire les émissions tout en créant des emplois verts.

Ces nouvelles nous permettent de facilement voir où se trouve la priorité en matière d’énergie pour le gouvernement fédéral et les provinces. Ils misent sur le pétrole, tout en accordant un financement insuffisant aux programmes qui réduisent notre dépendance au pétrole ou en les éliminant. Des vagues de chaleur tuent des Canadiens ici au pays; ces décisions sont absurdes et montrent un manque d’intérêt à l’égard de l’atténuation des problèmes futurs découlant des changements climatiques. Les futures générations hériteront de ces problèmes, ce qui explique peut-être pourquoi cet enjeu est aussi important pour les jeunes. Des membres du Conseil jeunesse du premier ministre l’ont bien compris; ils ont récemment publié une lettre pour exprimer leur déception par rapport à l’acquisition de l’oléoduc de Trans Mountain. Au lieu d’attendre que cette génération arrive au pouvoir, nos gouvernements devraient déployer de l’énergie et des ressources pour répondre maintenant à ces préoccupations.