Le meilleur du Parlement pour le Président Bélanger

Quiconque a regardé la période des questions de la Chambre des communes le 9 mars a été témoin d’un moment aussi rare que touchant. Au lieu du Président Reagan, c’est le député d’Ottawa–Vanier, Mauril Bélanger, qui a assuré la direction de la période de questions. On ne peut raisonnablement s’attendre à ce que le Président soit en mesure d’assurer la présidence de chaque période de questions, et son remplacement n’avait rien d’inusité. Ce qui l’a été, par contre, c’est que M. Bélanger a utilisé un programme vocal de sa tablette pour communiquer.

Certains connaissent peut-être déjà l’histoire de M. Bélanger et savent pourquoi il a été nommé Président honoraire de la 42e législature, mais cette histoire fascinante mérite d’être racontée de nouveau.

En décembre, à la suite des élections, alors que la Chambre allait reprendre ses travaux, M. Bélanger, député de longue date, était le sujet de toutes les conversations. La première question à l’ordre des travaux est toujours l’élection du Président, et tous croyaient qu’il remporterait facilement l’élection à la présidence, compte tenu de son expérience et de sa réputation de personne juste et pondérée. Quelques jours à peine avant la reprise des travaux du Parlement, M. Bélanger a indiqué qu’il souffrait de problèmes de voix et qu’il pourrait lui être difficile de faire valoir sa candidature au poste de Président. On a appris avec stupeur, peu de temps après, qu’il perdait la voix de façon permanente, étant atteint de SLA, communément appelée maladie de Lou-Gehrig.

La terrible nouvelle, qui a rappelé à la Chambre que cette maladie peut se déclarer sans avertissement, a relancé la course à la présidence et apporté une note sombre à l’élection du Président de la Chambre.

Dans les quelques mois qui ont suivi, M. Bélanger a été un député très actif, ce qui n’a rien d’étonnant parce qu’il l’a toujours été. Avec l’aide de sa tablette, il a participé à la période de questions, présenté des projets de loi d’initiative parlementaire et voyagé au sein d’une délégation officielle, pendant que ses capacités déclinaient cruellement.

Lorsqu’il a dirigé le défilé du Président pour l’ouverture de la séance, mercredi, une foule de personnes intéressées et de parlementaires s’était massée le long des couloirs. Tout le monde à la Chambre l’a accueilli par des applaudissements. Dans un touchant hommage, pendant l’Ô Canada, les députés ont chanté les nouvelles paroles qu’il a proposées pour l’hymne national.

Tom Mulcair a déclaré qu’il s’agissait d’un rare moment de grâce au Parlement, ce qui est vrai. J’ai été témoin de quelques moments du genre au fil des ans, mais celui-là a été particulièrement émouvant.  Ayant travaillé en comité avec M. Bélanger, je peux attester toutes les qualités qui ont fait de lui un député tant admiré. Sa réputation de personne juste et mesurée est tout à fait méritée. Je tiens aussi à ajouter qu’il fait partie des députés les plus aimables avec lesquels j’ai travaillé au Parlement.

Ce jour-là, j’ai eu la chance de figurer sur la liste des intervenants et d’ainsi jouer un rôle mineur dans une page d’histoire lorsque M. Bélanger m’a accordé la parole. L’évaluation que Tom Mulcair a faite des événements de mercredi est tout à fait juste; les Canadiens qui les ont vus ont eu la chance d’assister à un moment exempt de partisannerie et rempli de ce que l’humanité a de meilleur. Ce fut un honneur d’en avoir été témoin.