Le nouveau budget : du pareil au même

Ceux qui se souviennent du budget de l’année dernière reconnaîtront la majeure partie de celui de cette année, parce-que c’est essentiellement la même chose, et il ne contient pratiquement pas de nouvelle façon de gérer les dépenses. Comme dans le budget de l’année dernière, tous les grands projets sont étalés sur de longues périodes, et le gros des investissements ne viendra qu’après plusieurs années. Par exemple, la majorité des 11,2 milliards de dollars annoncés pour le logement abordable ne sera dépensée qu’après 2022. 

La vérité est que les nouvelles dépenses sont très minimes : elles ne représentent que 1,3 milliard des 304,7 milliards de dollars dépensés cette année. La majeure partie du budget n’est qu’une répétition d’annonces précédentes, ou une série de déclarations générales où manquent les détails. Prenons la résolution de lutter contre l’évasion fiscale à l’étranger. Le gouvernement n’alloue aucune somme précise, et n’indique pas combien d’argent il espère récupérer. Il se contente donc de mentionner vaguement un enjeu qui lui cause de l’embarras.

Du point de vue du Nord, le budget n’est pas beaucoup plus réjouissant. Au lieu d’écouter ceux qui craignent que la nouvelle banque de l’infrastructure ne récompense que les investisseurs privés et les grands centres urbains, le gouvernement maintient sa préférence pour l’infrastructure à but lucratif. Si l’objectif est de construire pour faire de l’argent plutôt que de renforcer l’infrastructure du pays, on peut s’attendre à ce que notre région soit laissée de côté. 

Tout le monde parle de l’importance que le budget accorde à l’innovation, mais c’est ce qui s’appelle mettre la charrue avant les bœufs : dans le Nord, nous n’avons même pas encore l’accès uniforme à Internet haute vitesse. Malgré la décision historique du CRTC sur l'accès à Internet en décembre, le gouvernement ne s'est pas joint pour s'assurer que tous les Canadiens sont en mesure de participer à des programmes ou des programmes d'innovation qu'ils créeront.

De même, l’absence de programme de modernisation énergétique des logements se fera sentir dans le Nord. Pourtant, la rénovation énergétique des maisons est l’une des façons les plus économiques de réduire les émissions et la facture de chauffage, sans compter qu’elle crée de l’emploi. Nous vivons dans une partie du Canada où la plupart des maisons coûtent cher à chauffer, que ce soit à l’électricité, au propane ou à l’huile. Le gouvernement rate donc une occasion en or de montrer qu’il s’intéresse à ce qui préoccupe notre région.

Le budget annonce des changements à l’assurance-emploi, mais ce n’est que de la poudre aux yeux. En effet, le congé de maternité pourra maintenant durer six mois de plus, mais les mêmes prestations seront étalées sur la période prolongée – personne ne touchera donc un sou de plus. Les cotisations augmentent, et six chômeurs canadiens sur dix n’ont pas accès aux prestations d’assurance-emploi quand ils en ont besoin, mais le budget ne propose aucun correctif. Pourtant, nous savons que l’assurance‑emploi est la meilleure façon de stimuler l’économie de nos petites collectivités durant les cycles de chômage. Il semble bien que le gouvernement ne voit dans l’assurance-emploi qu’une taxe sur l’emploi, puisqu’il augmente les cotisations sans nous en donner plus en retour.

Mais l’omission la plus flagrante pourrait bien concerner la protection de l’enfance autochtone. En effet, le gouvernement n’a pas tenu son engagement de combler le manque de financement à cet égard, malgré les nombreuses décisions du Tribunal canadien des droits de la personne. C'est des promesses abandonnées comme celles-ci et des investissements différés qui pourraient être la ruine de ce gouvernement.