Le scandale des données Facebook touche le Canada

La plupart des gens utilisent l’Internet sans trop se soucier de la protection de leurs renseignements personnels, mais les révélations sur Cambridge Analytica sont venues ébranler leur confiance. Au cœur du scandale se trouve Facebook, dont les données ont été utilisées de façon malveillante par Cambridge Analytica. Les données de pas moins de 87 millions d’usagers de partout sur la planète ont ainsi été consultées et plus de 600 000 d'entre eux étaient canadiens.

Ces données étaient notamment soutirées – sans avertissement et sans supervision, semble-t-il, de la part de Facebook – des applications que les usagers installaient eux-mêmes sur leur page Facebook. Devant le Congrès cette semaine, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a déclaré que son site retirerait ces applications et limiterait les données auxquelles les tiers ont accès. C’est un début, mais la situation fait tout de même ressortir une chose : en ligne, personne n’est vraiment anonyme.

Les publicités ciblées personnalisées illustrent à merveille à quel point nos activités en ligne sont exposées. Il suffit de faire une recherche sur un article donné, par exemple pour en comparer le prix ou pour voir ce que les autres clients en pensent, pour que des publicités pour des produits similaires commencent presque immédiatement à s’afficher. Mark Zuckerberg a dit au Congrès que c’est grâce à la publicité que Facebook est gratuit. Mais même après le scandale Cambridge Analytica, on voit tout de suite que les gens n’ont probablement pas conscience de tout ce que Facebook sait à leur sujet et communique à des tiers. En fait, les annonceurs disent à Facebook les groupes qu’ils veulent cibler, et Facebook les aide à y parvenir. Tant qu’on demeure dans les produits de consommation, cette pratique peut sembler sans conséquence, mais qu’en est-il lorsque les annonceurs veulent utiliser les données de Facebook pour influer sur les élections?

C’est exactement ce qui a causé le scandale actuel. Selon un lanceur d’alerte de Cambridge Analytica, la firme a pu orienter l’opinion publique lors du vote sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe et pendant la campagne présidentielle de Donald Trump. Pour ce faire, elle aurait utilisé des choses somme toute banales, comme des tests de personnalité, pour mieux établir le profil des usagers et les cibler ensuite directement. Ici au Canada, on ne sait pas encore trop à quoi ont pu servir les données des usagers canadiens, mais c’est ce que les députés sont impatients de savoir.

C’est dans ce but que les néo-démocrates ont présenté une motion demandant au Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique de lancer sans tarder une enquête sur le scandale Facebook-Cambridge Analytica ainsi que sur les pratiques des autres plateformes numériques monopolistiques, comme Amazon et Google, en matière de protection des renseignements personnels. La motion en question a été adoptée à l’unanimité. Les néo-démocrates ont aussi saisi la Chambre des communes d’une autre motion, demandant cette fois au Parlement d’adopter une déclaration des droits numériques, qui garantirait notamment un accès universel et abordable à Internet et qui renforcerait les droits liés à la protection des renseignements personnels et à la propriété des données personnelles, en plus de voir à divers aspects clés de la citoyenneté numérique.

L’atteinte aux données qui vient d’avoir lieu montre à quel point il est important de mieux surveiller les plateformes numériques monopolistiques, qui sont devenues des outils incontournables au XXIe siècle. Nous devons tout faire pour que le droit à la vie privée des Canadiens soit respecté, d’où la nécessité d’une déclaration des droits numériques, et pour que les services numériques soient régis par un cadre mondial juste et transparent. Lorsque le scandale a éclaté, le gouvernement a annoncé qu’il adopterait enfin un règlement obligeant les sociétés à aviser les Canadiens lorsque leurs données sont consultées sans leur autorisation. Trois ans se sont écoulés depuis que la Loi sur la protection des renseignements personnels numériques a été adoptée, et les Canadiens sont tout à fait en droit de s’attendre à une intervention plus musclée de la part des autorités.