Les impôts de la classe moyenne devraient être la pointe de l’iceberg

La Chambre a siégé pendant une semaine avant Noël et elle a principalement examiné la réduction d’impôt pour la classe moyenne qui constituait un élément essentiel de la campagne des libéraux.  Étant donné que les libéraux et les néo-démocrates ont proposé des plateformes soulignant l’importance de réorganiser les impôts de cette fourchette d’imposition, c’est sans surprise que les députés du NPD ont appuyé la proposition du gouvernement. Cependant, cela ne signifie pas que la solution adoptée est la meilleure.   

Ce qui distingue les propositions des partis est le choix des personnes à qui faire porter le fardeau fiscal une fois que l’impôt de la classe moyenne sera réduit. Le gouvernement a choisi d’accroître les taux d’imposition des plus aisés, tandis que le NPD aurait préféré modifier le taux d’imposition des sociétés. Nous estimons que nous pourrions accroître ce taux de 2 % et que nous aurions encore un taux d’imposition concurrentiel et moins élevé qu’aux États‑Unis. Nous pensons également qu’il est plus difficile pour les sociétés de cacher leur argent comparé aux Canadiens riches. Ce dernier point pourrait faire problème au gouvernement qui semble croire que les personnes à revenu élevé accepteront cette hausse et verseront  leur part sans rechigner. 

Avec les changements, le taux d’imposition des personnes qui gagnent plus de 200 000 $ augmentera, tandis que les personnes qui se trouvent dans la fourchette juste en dessous profiteront de la plus grande réduction. Ainsi, une personne dont le revenu est de 197 000 $ recevra un allégement fiscal de 680 $ par année. Chose incroyable, une personne dont le revenu est de 45 000 $ par année, soit juste un peu moins que la moyenne canadienne, ne recevra rien du tout.

Le fait est que la concentration de la richesse ne permet pas à notre économie d’atteindre un rendement maximal.  Qu’on le veuille ou non,  notre société est de plus en plus axée sur les consommateurs. En redistribuant la richesse à des ménages dont les moyens financiers sont réduits, l’argent qui dort dans des comptes d’épargne passera aux mains de ceux qui sont susceptibles de la dépenser, ce qui fera bouger l’économie.

Cela ne vise pas à dévaloriser l’épargne, loin de là. Les Canadiens doivent économiser davantage, mais c’est impossible s’ils n’ont pas d’argent. Notre régime fiscal favorisait les personnes à revenu élevé et causait  les familles qui travaillent fort à absorber une plus grande partie du fardeau; il était donc raisonnable de se pencher sur la question.  Cette redistribution mineure pourrait également permettre à davantage de familles canadiennes de la classe moyenne d’économiser quelques dollars au passage.

Malheureusement, cette réduction d’impôt ne fera pas une grande différence pour la plupart des gens, particulièrement ceux qui vivent dans la pauvreté et qui devraient être au cœur des priorités. Cela dit, le fait que nous soyons prêts à discuter de l’incidence de notre régime fiscal sur la distribution de la richesse est une bonne nouvelle, spécialement si nous ne nous contentons pas d’une promesse électorale tape‑à‑l’œil.

Voilà pourquoi les néo-démocrates inciteront le gouvernement à agir pour les personnes qui ne sont pas visées par la réduction d’impôt cette fois‑ci. Nous lui rappellerons aussi que nous sommes prêts à appuyer des politiques destinées à venir en aide à ceux qui sont vraiment dans le besoin.  Rappelons que nous avons assisté à une semaine de débats seulement; il est beaucoup trop tôt pour dire si le changement de gouvernement entraînera un revirement de situation pour la plupart des Canadiens. Néanmoins, le précédent est établi et nous ferons de notre mieux pour que le gouvernement place les inégalités au cœur des priorités de la présente législature.