Si le logement était un droit, le gouvernement aurait l’obligation de remédier à la pénurie.

Une lettre ouverte au premier ministre souligne la pénurie de logements au Canada et propose au gouvernement d’adopter une nouvelle approche au problème. La lettre, signée par plus de 170 organisations et de Canadiens éminents, exhorte le premier ministre à honorer son engagement de faire du logement un droit de la personne. Le NPD demande au gouvernement libéral de prendre en compte les préoccupations exprimées dans la lettre ouverte après avoir porté la question à l’attention du Parlement plus tôt cette année.

La pénurie de logements n’est pas un nouvel enjeu et le Canada fait face à une crise depuis des années. La hausse des loyers, la pénurie de logements locatifs et le retrait du gouvernement fédéral du financement du logement social ont forcé de nombreuses familles à consacrer une trop grande partie de leur revenu au logement. Le nombre constamment élevé de sans-abri est également un signe que trop de personnes sont incapables de suivre le rythme et perdent complètement leur logement.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement considère qu’un ménage a un besoin impérieux de logement lorsqu’il y consacre plus de 30% de son revenu. L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 de Statistique Canada montre que 3,3 millions de ménages (25,2%) consacrent plus de 30% de leur revenu total au logement. Le problème vise presque autant les propriétaires que les locataires. Toutes ces personnes risquent l’itinérance.

Le problème est pire pour les 200 000 Canadiens qui se retrouvent sans abri au cours d’une année donnée. Un rapport national du Réseau canadien de recherche sur l’itinérance, publié en 2013, indique que seulement de 4 000 à 8 000 personnes peuvent être considérées comme des sans-abri chroniques. Cela signifie que le reste vit ce qu’on appelle une itinérance épisodique : au moins 150 000 Canadiens comptent sur un refuge pour sans-abri à un moment donné chaque année et la durée de ces séjours s’allonge avec le temps. On estime également à 50 000 le nombre de sans-abri cachés au Canada qui vivent temporairement avec d’autres personnes, sans garantie d’obtenir une résidence continue ou sans possibilités immédiates d’accéder à un logement permanent.

Ce qui est clair, c’est que les solutions temporaires ne règlent pas notre problème de logement. Le Canada doit s’efforcer de mettre fin à l’itinérance au lieu de poursuivre l’approche du gouvernement qui consiste à gérer la population des sans-abri. Les néo-démocrates appuient l’appel lancé dans la lettre ouverte pour que le Canada enchâsse le droit au logement dans une loi et ont élaboré un projet de loi à cette fin. Mais malgré l’engagement antérieur du premier ministre, le gouvernement a rejeté, en novembre dernier, le projet de loi qui aurait enchâssé ce droit dans une loi canadienne.

Résoudre le problème des sans-abri procure également un avantage économique. De plus en plus de recherches montrent que le financement du logement et la lutte contre l’itinérance représentent à la fois un investissement économique et social. L’Étude d’impacts des activités de la Société d’habitation du Québec montre que chaque dollar investi dans les programmes et les travaux de remplacement, d’amélioration et de modernisation des logements sociaux à loyer modique contribue à hauteur de 2,30 $ à l’économie de la province et soutient l’industrie de la construction résidentielle.

Même si le gouvernement continue de s’épargner les efforts visant à faire du logement un droit réel au Canada, il y a un appui croissant et généralisé en faveur de l’enchâssement dans une loi du droit au logement. De nombreux Canadiens souffrent clairement des effets d’un logement inabordable, et c’est pourquoi le gouvernement doit en faire une priorité pressante et veiller à ce que tout le monde ait droit à la sécurité, à la santé et à la sûreté sous la forme d’un logement adéquat.