Le gouvernement n’a pas assez changé pour certains vétérans.

Pendant les 10 années au pouvoir de Stephen Harper, beaucoup d’encre a coulé au sujet des batailles entre les vétérans et son gouvernement. Ce dernier se drapait de l’unifolié et prétendait appuyer nos troupes, alors même qu’il s’opposait aux vétérans devant les tribunaux. C’est peut-être pour cela que Harper avait plus mauvaise presse que ses prédécesseurs libéraux, qui ont pourtant eux-mêmes livré bataille aux vétérans avec autant de mesquinerie. Quoi qu’il en soit, il est clair que les Canadiens prennent parti pour nos vétérans et veulent qu’on les traite bien. Pour cette raison, il est déconcertant de voir le nouveau gouvernement libéral poursuivre la bataille judiciaire engagée par les conservateurs au détriment de certains de nos nouveaux vétérans blessés.

Quiconque comptait sur le gouvernement pour tourner la page sur la relation tendue avec les vétérans se souviendra que, pendant la campagne électorale, les libéraux ont promis que, si leur parti était porté au pouvoir, les vétérans n’auraient jamais à lutter pour obtenir du gouvernement le soutien et le respect qu’ils méritent. Maintenant que l’élection est passée et que le pouvoir est acquis, le caractère sacré de cette promesse a été bafoué, et en grand.

En effet, les libéraux poursuivent le litige amorcé en 2012, lorsque six vétérans afghans blessés ont contesté devant les tribunaux le régime de paiement forfaitaire mis en place en 2006 par les conservateurs pour remplacer les pensions à vie. Ce changement a mécontenté les vétérans et n’a pas rallié la population civile non plus.

Il ne fait aucun doute que la question est devenue un enjeu électoral dès que les conservateurs ont commencé à faire valoir que le gouvernement n’avait aucun « pacte social » avec les vétérans pour ce qui est de verser une pension aux soldats blessés. Il s’agissait d’une énorme volte-face pour le gouvernement du Canada. Elle a mobilisé les vétérans qui ont fait du bénévolat pour les campagnes libérales, croyant fermement que Justin Trudeau tiendrait parole, abandonnerait le procès et rétablirait les pensions à vie. À peine six mois plus tard, ces promesses sont en lambeaux, et les vétérans sont de retour devant les tribunaux.

Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement refuse de commenter sous le prétexte usé que l’affaire est devant les tribunaux, mais qu’à cela ne tienne : tôt ou tard, il devra répondre d’avoir trahi ses promesses électorales aux vétérans.

Avant l’élection, les conservateurs avaient déjà dépensé 700 000 $ sur la bataille judiciaire avec les vétérans. Les libéraux ont maintenant pris la relève et ont même embauché le même avocat que les conservateurs. Elle est bien révolue la notion d’une obligation sacrée qu’auraient les Canadiens envers ceux qui subissent des blessures en servant sous les drapeaux. De nos jours, notre gouvernement mène un combat devant les tribunaux contre nos héros et se cache derrière des avocats qui font le sale boulot. Ce sont là des batailles de gratte-papier, et elles n’ont rien d’héroïque du tout.

L’an dernier, la Chambre des communes a adopté à l’unanimité une motion du NPD reconnaissant l’existence d’une obligation morale, sociale, légale et financière envers nos vétérans. À compter du moment où les libéraux ont repris le procès, il est devenu clair qu’ils disaient n’importe quoi pendant la campagne pour paraître différents des conservateurs. Nos vétérans ont déjà servi leur pays sans réserve, et ils ne devraient pas être obligés de se battre contre leur gouvernement pour obtenir les pensions qu’ils méritent de l’avis de tous.